29/11/2006Lugete, o Veneres Cupidinesque…
Pleurez Vénus ! Pleurez Amours !
Pleurez qu’à compter de ce jour
Ne vole plus ni ne pépie
Le joli petit compagnon
Que chérissait tant ma Lesbie :
Il a vécu, le tout mignon.
D’une amour pure et maternelle,
Elle aimait plus que ses prunelles
Son moineau doux comme du miel ;
Et lui, fillette avec sa mère,
La connaissait mieux que le ciel,
Qui verse des larmes amères.
Jamais il ne quittait son sein.
Toujours, il n’avait qu’un dessein :
S’ébattre ou pépier pour lui plaire,
Jusqu’à ce triste dernier jour
Où jeux et chants se renvolèrent
Pour le royaume sans retour…
Il vague à présent par les ombres,
Perdu sur quelque chemin sombre,
A la merci de tous les morts.
Et vous ! ô vous ! soyez maudites,
Ténèbres de l’Orcus ! qui mord,
Qui dans sa gorge précipite,
Comme affamé par la folie,
Toutes les choses plus jolies.
Il était si joli, si beau,
Le petit moineau de m’amie !
Mais depuis qu’il est au tombeau,
De pleurs sa maîtresse est blêmie.
(D’après Catulle, 3.)
27/11/2006Robert Devereux
Mais qui donc, de nos jours, de Robert Devereux,
Second comte d’Essex, a gardé la mémoire ?
Qui se souvient encor que la cruelle Moire
Lui fit un grand malheur d’être par trop heureux ?
Jamais en Angleterre on ne vit d’amoureux
De tournois et duels, d’assauts et de victoires,
Qui s’attira plus jeune une plus grande gloire.
Mais tout vivre avant l’âge est un sort douloureux.
Il alla jusqu’à boire aux sources vaginales
Que gardait pour lui seul la reine virginale
Le poison que ce fut de régner sur son cœur !
Jamais sa folle soif n’étant plus étanchée,
De n’avoir encor plus il eut tant de rancœur
Que sa tête trop haute à la fin fut tranchée.
Jamais sa folle soif n’étant plus étanchée…
Hugh Dancy, dans Elisabeth I, téléfilm, 2005. 25/11/2006Le Moineau de Lesbie
Joli petit moineau,
Mignon de ma mignonne,
Qui viens puiser ton eau
Dans la main que te donne
Celle qui, de ce sein
Qu’en ce moment j’épie,
Te fait comme un coussin
Pour que tu lui pépies ;
Toi qui peux picorer
Le bout de son doigt blême,
Qu’à te voir dévorer
De bises tant elle aime,
Et que, pour apaiser
Quelque peine ou désordre,
De tes ardents baisers
Elle pousse à remordre ;
Je voudrais qu’avec moi,
Comme au sein de ma muse,
Pour calmer mon émoi,
Tu viennes et t’amuses…
(D’après Catulle, 2.)
18/11/2006Que sera cette nation ?
« Précisons que Renan ne fait pas de différence fondamentale entre l’argument racial et l’argument spécifiquement culturel. Il n’est pas moins grave, à ses yeux, de justifier la conquête (1) par la cathédrale de Strasbourg (2) que par le patrimoine génétique des Alsaciens. Dans les deux cas, en effet, les hommes subissent l’épreuve d’une dépossession sans précédent : c’est au nom de leur essence profonde qu’ils sont dessaisis de toute maîtrise sur leur propre destin (je souligne) ; race ou culture – c’est la vérité dont ils sont, malgré eux, titulaires qui disqualifie leur désir conscient. » Alain Finkielkraut, La Défaite de la pensée, Gallimard, 1987, collection Folio/essais, page 62.
De plus en plus d’homosexuels, ai-je cru remarquer, prétendent ne pas comprendre, pour des raisons qui m’échappent et qui ne sont d’ailleurs pas mon sujet, qu’il puisse y avoir, parmi leurs semblables, des hommes qui se prétendent homosexuels et de droite. Quelques-uns vont même jusqu’à dire qu’il n’est tout simplement pas possible d’être les deux à la fois. Et si, malgré tout, de tels individus existent, ce ne peut être que parce qu’ils sont fous ! Au nom de l’‘‘essence profonde’’ qu’il y a (mais rien n’est moins sûr) à l’origine de ce qu’on pourrait appeler ‘‘l’identité homosexuelle’’, certains voudraient donc, comme écrit Finkielkraut à propos des Alsaciens, dessaisir leurs semblables de toute maîtrise sur leur propre destin. Et l’on pourrait compléter ainsi la phrase du philosophe : « race ou culture ou sexualité – c’est la vérité dont ils sont, malgré eux, titulaires qui disqualifie leur désir conscient. »
Hypothèse : ce dessaisissement, cette disqualification, que d’aucuns prétendent aller de soi, indiqueraient que nous assistons, en ce moment même, à la naissance (3) d’un Volksgeist, d’un génie national encore inédit, que ne fonderait ni la race, ni la langue, ni la religion, ni le paysage ou le climat, mais une façon d’aimer, c’est-à-dire un esprit, et le sentiment d’avoir en commun ce seul esprit, ce Geist, ce génie. Une telle nation, si elle parvenait à se constituer, serait apparemment très aliénante. Il faudrait se soumettre entièrement au Volksgeist (être de gauche, par exemple, à ce qu’il paraît), sous peine d’être rejeté de la communauté et privé d’amour. Sans doute d’ailleurs est-ce déjà le cas, actuellement, dans le milieu dit homosexuel. Combien d’homosexuels ont connu, connaissent ou connaîtront réellement l’amour dans leur vie ?
(J’avais déjà évoqué, dans mon autre blogue, l’éventualité de la naissance d’une nation homosexuelle : « Dans Babylon Babies, écrivais-je, que je lisais récemment, une nation de cyborg semble s’être plus ou moins clandestinement constituée. L’autre jour, dans le forum de GA, je disais, pour plaisanter : ‘‘Vous verrez qu’une fois que les homosexuels auront obtenu le mariage entre eux, ils demanderont l’indépendance !’’ Mais qui sait, finalement, si, avant la fin de ce siècle, nous ne verrons pas le peuple des homosexuels s’être vraiment constitué en nation ? Une nation sans territoire sans doute, mais avec toutes sortes de petites ambassades à travers le monde, un peu comme le 10 Ontario de Babylon Babies. Quel sera alors le sens profond, si l’on peut dire, de ce mariage que les homosexuels prétendent (tous ?) désirer si ardemment ? Ce sera tout simplement la célébration du sentiment qui, pour la première fois dans l’histoire, leur fit croire qu’ils voulaient devenir une nation, c’est à savoir : un désir commun d’une institution fondatrice : le mariage. »)
(1) De l’Alsace-Lorraine.
(2) D’un style typiquement allemand, selon Goethe.
(3) Peut-être serait-il plus juste de dire que nous assistons seulement à la conception et qu’il est évidemment possible qu’un avortement survienne à tout moment.08/11/2006Trois mots sur la peine capitale.
Le tyran Saddam Hussein ayant été condamné à mort, quelle belle occasion pour chacun de rappeler dans les blogues et les forums son profond dégoût de la peine capitale ! Les arguments contre elle sont innombrables. De tous, c’est celui-ci que j’aime le plus : « Tuer l’assassin ne ramènera pas à la vie sa ou ses victimes. » On ne saurait trouver de vérité plus avérée, si ce n’est peut-être cette autre vérité : que tuer l’assassin le chasserait de la vie et le mènerait tout droit dans la mort ! En réalité, ce ne sont pas là des arguments. Mille ans de prison, cent ans, cent jours, une heure de prison ne réussiraient pas plus à ramener les victimes à la vie. Aucune peine n’y parviendrait. Faut-il donc pour cela renoncer à toute forme de punition ? Et d’où tient-on que les peines servent à ressusciter les morts ?
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