UN JARDIN D’ADONIS

(Hévrèse)

BLOGUE ET SPICILÈGE

Olivier Bruley

11/09/2006

11/09/06 - 11:22

Le 5 septembre 2006, deux associations, le CRAN (1) et le MRAP, demandaient le retrait de l’édition 2007 du Petit Robert. On voulait censurer (car c’est bien de censure qu’il s’agit) les définitions que donne ce dictionnaire des mots colonisation et coloniser, lesquelles ne sont pas conformes à l’idéologie du temps, qui est essentiellement antiraciste, comme on sait, et, surtout, mea-maxima-culpiste. Selon le CRAN, ces définitions « cautionnent et justifient la colonisation ». Rien que ça ! Et Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP, d’ajouter : « Ce qui a été interdit dans la loi du 23 février au plus haut niveau de l’Etat est en train de revenir dans les classes par le Petit Robert ». Ce que Patrick Lozès, président du CRAN, dit à peu près dans les mêmes termes, mais en montrant plus d’indignation : « Après les combats (2) menés contre la loi du 23 février sur le rôle positif de la colonisation, c’est intolérable. » Voici donc l’intolérable : « Colonisation : Mise en valeur, exploitation des pays devenus colonies ». Selon Alain Rey, directeur de la rédaction du Petit Robert, toute l’affaire reposerait sur l’inculture des censeurs, qui appellent au boycott du dictionnaire : « le procès intenté au Petit Robert, dont la réputation idéologique n’est plus à faire (3), dit Alain Rey, se révèle totalement injuste. Il est le signe d’une inculture économique totale de la part de ses détracteurs. Le CRAN nous reproche l’expression ‘‘mise en valeur’’. Ils confondent la valeur économique et la valeur morale. »


Ce que j’avais retenu des débats, pardon, des combats, sur (enfin contre) le rôle positif de la colonisation, c’est que ce n’est pas au législateur d’écrire l’histoire, qui est la chasse gardée des historiens. Bien sûr, le législateur ne prétendit jamais écrire l’histoire à la place des historiens, mais il voulait que la colonisation fût étudiée dans les écoles sous tous ses aspects, non seulement négatifs, mais aussi positifs. Eh bien non, ce ne fut pas permis. Une poignée de Français membres d’associations influentes interdit à la Nation entière d’établir, par l’intermédiaire de sa représentation, ce qu’elle voulait voir enseigner à ses enfants. Pour la démocratie représentative, ce fut un véritable échec. Mais quelle victoire pour la ‘‘démocratie associative’’, qui ne vaut hélas pas mieux, dit Jean-Gérard Lapacherie dans son blogue, que la démocratie socialiste. « Pour être influentes, écrit-il, les associations n’ont pas besoin d’autres adhérents que ceux qui les dirigent et elles n’existent qu’avec les subventions qu’elles perçoivent. N’ayant que des dirigeants qui se cooptent ou s’auto-élisent, elles sapent la démocratie. » Le pouvoir réel est déjà entre les mains des associations. Ce n’est pas au législateur d’écrire l’histoire ni aux lexicographes d’établir le sens des mots, mais à ces associations. Les historiens ne peuvent écrire l’histoire que sous la dictée de celles-ci, qui, l’ayant mise en conformité avec leurs vues, l’ont définitivement fixée (4). On en est maintenant à établir le sens des mots qui composeront le Novlangue. Ces associations qui ont pris le pouvoir sont terroristes : elles gouvernent par la terreur en coupant, non pas les têtes, mais les couilles du vulgus pecum et la parole de quelques hommes.


(1) Conseil représentatif des associations noires de France.
(2) Ces gens sont toujours à mener des combats. Ils se prétendent des résistants, qui, pour défendre leurs idées si durement généreuses, n’hésitent pas à verser le sang. Mais est-ce bien toujours le leur qu’ils répandent ?
(3) L’affaire est d’autant plus ridicule que la victime de ce nouveau procès en sorcellerie est entièrement acquise à la cause antiraciste. Qui ne le serait pas, d’ailleurs ? On se le demande. Faut-il donc qu’ils aient besoin de coupables pour poursuivre tant d’innocents !
(4) Ainsi, il n’y a évidemment pas eu de rôle positif de la colonisation. Les historiens sont libres d’écrire qu’absolument tout, dans la colonisation, sans aucune exception, même infime, fut mauvais.


commentaires

11/09/06 - 16:12

J'ai été excédé par la "mise en demeure" du CRAN (j'évoque ici [http://c] ce que je pense de la constitution d'une telle association) et du MRAP, et je pense qu'ils qu'ils ont tardé à être "choqués" : la définition — identique — se trouve dans mon édition de... 1993 du Petit Robert ! Mise en valeur il y a eu : le géographe et historien que je suis sait ce que cela veut dire. Je n'y trouve rien de choquant. Certes, la définition eût pu être plus complète, comme dans le Petit Larousse. Mais jusqu'où peut-on aller dans cette volonté de contrôle de l'édition et de la pensée ?

En ce qui concerne la deuxième partie de votre article, je ne partage pas tout votre point de vue : les historiens ont reproché à l'amendement parlementaire de s'imiscer dans les contenus scientifiques de l'histoire à enseigner en demandant d'insister sur le rôle positif de la colonisation (et pourquoi pas son rôle négatif ?), dans le cadre d'une concession à un loby, celui des rapatriés : le problème était là, et pas ailleurs, et vous le savez bien. J'avais, dès juillet 2005, donné mon avis sur cet amendement [http://c].

12/09/06 - 01:56

J'imagine que le législateur estimait (peut-être à tort, c'est vrai) que le rôle négatif de la colonisation était déjà amplement enseigné dans les écoles, au détriment du positif. Il s'agissait aussi, je pense, de donner aux élèves quelques raisons d'aimer la France, puisqu'il paraît qu'il y a toute une partie de la jeunesse qui la méprise ou la déteste.

12/09/06 - 16:16

Apprendre à aimer son pays, c'est d'abord apprendre à le connaître ; il me semble que les programmes donnent à l'aimer, comme à savoir quelles ont été ses heures noires. Il n'est de société humaine qui soit parfaite.
J'ai, par erreur, mis deux fois le même lien. Le premier devait être le suivant : http://c

13/09/06 - 01:06

Merci, Herminien, d'avoir rétabli ce premier lien qui ne menait pas au bon endroit. J'apprécie particulièrement que vous rappeliez dans votre texte que l'ombre de l'esclavage ne pèse pas uniquement sur l'Europe, mais aussi sur les Arabes et les Africains.

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