UN JARDIN D’ADONIS

(Hévrèse)

BLOGUE ET SPICILÈGE

Olivier Bruley

14/10/2006

14/10/06 - 23:28

Deux remarques sur Internet et les blogues.


J’entendais dire à Finkielkraut aujourd’hui, dans l’émission Répliques, qu’« il suffit de se promener dans la blogosphère pour constater une sorte de renversement […] : autrefois, la conversation était malgré tout placée avec la littérature sous l’autorité de l’écrit ; maintenant, l’écrit s’oralise complètement, la violence de l’oral est présente dans l’écrit. » Je dois confesser que dans la toute première version de ce blogue (que j’ai fini par effacer entièrement), j’avais adopté ce style oral et débraillé, style à la fois grossier et vulgaire, dont on ne sait trop s’il est d’une tapineuse, d’un professeur de collège frais émoulu d’un quelconque IUFM, ou d’un ministre de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement, style sans syntaxe, mais riche en barbarismes et néologismes hideux, style du second degré, que dis-je, du troisième, du quatrième degré, d’un degré si tiré vers le bas qu’il tombe directement au trente-sixième dessous, style qui n’en est pas vraiment un, d’ailleurs, puisqu’il est celui de tous, autant dire de personne (et si vraiment le style est l’homme même, alors je me demande si tous ceux qui adoptent ce style-là sont bien encore des hommes), style dans lequel, on l’aura donc compris, n’importe qui dit généralement n’importe quoi, et dont on trouvera un fort bel exemple dans cette phrase trouvée, par le plus grand des hasards, évidemment, dans le blogue de mon ami don Manchote, futur docteur ès pingouins, qui écrivait l’autre jour, à propos de je ne sais plus quoi : « Vous avez ma gratitude la plus sincère, les gens, ça déchire vraiment sa ce-ra comme cadeaux, mais vous pouvez me dire quelle lecture dois-je en faire ? ». Et lui, pourrait-il donc me dire quelle lecture on doit faire d’une telle phrase, ce qu’il faut en comprendre ? Oh ! Puis non ! J’aime autant ne pas savoir ! Mais pourquoi donc, dans les tout premiers temps de ce blogue, avais-je pris le parti d’écrire comme je ne parlais pas, ni sans doute personne, d’ailleurs, tant il y avait de recherche et d’affectation dans mon excessive négligence ? Sans doute parce que je recherchais la violence dénoncée par Finkielkraut dans cette oralité que j’imitais comme un véritable singe enragé. Cette violence, croyais-je, convenait à mon inspiration satirique. A cette époque, pourtant récente encore, je n’avais pas commencé à ‘‘virer de bord’’. Et parce que j’étais toujours du bon côté, personne, je crois, sur ce site, à une ou deux exceptions près, ne vint me faire reproche de cette violence, alors qu’on le fait si souvent depuis que ma prose s’est calmée, mais que, peut-être, je me suis mis à pencher un peu trop à droite, croit-on, alors que, en réalité, je n’ai fait que me redresser, et que je marche droit désormais. Le proverbe dit qu’il n’y a que la vérité qui blesse. Ce sont sans doute les minuscules vérités qu’il m’arrive de dire qui blessent énormément certains des lecteurs de ce blogue et non mon pauvre petit style, qui s’est fort émoussé.


C’est Prêchi-Prêcha, je crois, qui aime à dire qu’Internet et les blogues sont bien peu de choses, dont on fait trop grand cas. « Internet, écrivait-il récemment, c’est bien quand ça se contente d’être ce que c’est, un espace de loisirs. La vie sociale et intellectuelle doit choisir d’autres canaux, etc. » La vie sociale, sans doute. Mais il me semble que l’intelligence a bien sa place sur Internet et dans les blogues, même si, bien sûr, elle n’est le plus souvent qu’une goutte d’eau dans un océan de sottise. L’erreur de Prêchi-Prêcha est de croire que tous les blogues valent le sien ou ceux qu’il lit. Mais il y a des blogues d’excellente tenue et qui, sans doute, sont des œuvres à part entière. Qu’on songe seulement à ceux de Dominique Autié, de Jean-Gérard Lapacherie ou de Juan Asensio, que je lis régulièrement. Il y en a bien d’autres. Ce n’est pas aux lettres, mais aux livres qu’il faut comparer Internet et les blogues. Il y a, c’est vrai, une infinité de mauvais livres, de faux livres, serais-je tenté de dire, qui ne sont écrits que pour occuper les loisirs des hommes ordinaires ; mais on trouve aussi quelques véritables livres, œuvres du et pour le loisir (au singulier cette fois), c’est-à-dire l’étude. Il en est de même pour les blogues et Internet. Internet peut même être un refuge pour la littérature, lorsqu’elle est malmenée par le monde. Ainsi, depuis peu, l’on peut télécharger, à cette adresse, au format PDF, le livre de Sarah Vajda, Derrière l’écran, que Claire Chazal, « la ‘‘femme-tronc’’ la plus célèbre de France », comme dit Juan Asensio, a réussi à faire interdire, de facto. (Pour en savoir plus, on peut lire ces deux articles publiés sur le blogue d’Asensio (ici et ), et visiter ce site, consacré à l’affaire.)


commentaires

14/10/06 - 23:34

>"ce style oral et débraillé, style à la fois grossier et vulgaire, dont on ne sait trop s’il est d’une tapineuse, d’un professeur de collège frais émoulu d’un quelconque IUFM, ou d’un ministre de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement"

Quel mépris pour les profs...

14/10/06 - 23:39

Les professeurs ont généralement un très grand mépris pour la langue. Mais je reconnais que les comparer à Borloo, c'est aller un peu loin!

14/10/06 - 23:41

(Et mépriser la langue, de la part d'un professeur, cela revient à mépriser les élèves, le professeur étant censé les instruire...)

14/10/06 - 23:51

>"Les professeurs ont généralement un très grand mépris pour la langue"


C'est cela, oui.

L'avantage des affirmations péremptoires et autres généralités gratuites, c'est que l'on a pas à les justifier. Leur désavantage, c'est qu'on est incapable de le faire.

14/10/06 - 23:53

Ecoutez-les parler, lisez leur blogues.

14/10/06 - 23:56

"Les professeurs ont généralement un très grand mépris pour la langue" : de trop nombreux professurs, sans doute... Il convient de ne pas généraliser. Mais l'excès ne participe-t-il pas, parfois, de votre style ?

14/10/06 - 23:58

J'allais le dire, Herminien, "pas tous, évidemment", comme toujours. Pas tous, mais beaucoup, tout de même. Quant à mon style... Eh bien, c'est un trop grand mot pour mes petites phrases, :-)

14/10/06 - 23:58

"tant il y avait de recherche et d’affectation dans mon excessive négligence"

Sauf votre respect, il me semble que recherche et affectation sont encore vôtres, à rebours de vos commencements, non plus désorlmais dans la négligence, voilà qui est certain.

Aristote disait de la vertu qu'elle est une médiété, vous êtes toujours aristoliciennement dans le vice.

Je vous laisse cette aphorisme de Chamfort :

"L'indécence, le défaut de pudeur, sont absurdes dans tout système : dans la philosophie qui jouit comme dans celle qui s'abstient."

P

15/10/06 - 00:00

Mais pour vous répondre, Herminien, je crois sincèrement que c'est l'euphémisme généralisé qui me fait paraître excessif.

15/10/06 - 00:02

"tant il y avait de recherche et d’affectation dans mon excessive négligence"

Sauf votre respect, il me semble que recherche et affectation sont encore vôtres, à rebours de vos commencements, non plus désorlmais dans la négligence, voilà qui est certain.

Aristote disait de la vertu qu'elle est une médiété, vous êtes toujours aristoliciennement dans le vice.

Je vous laisse cette aphorisme de Chamfort :

"L'indécence, le défaut de pudeur, sont absurdes dans tout système : dans la philosophie qui jouit comme dans celle qui s'abstient."

Paraphrasons donc et Chamfort et vous : "La recherche, l'affectation, sont absurdes dans tout système : dans l'écriture négligée comme dans celle qui s'apprête."

Mon cher, n'avez-vous pas parfois l'impression de vous enferrer dans un rôle , en l'occurence celui, peu flatteur, d'un maurassisme édulcoré, honteux, à moins qu'il ne fût inconscient ?

15/10/06 - 00:17

Urbain, je ne pense pas qu'on puisse mettre la négligence et la tenue (plutôt que l'apprêt) sur le même plan. Un excès de négligence dans la forme, par exemple, est un excès d'irrespect envers autrui. Alors qu'un excès de tenue, si cela est possible, revient à un excès de respect, ce qui n'est pas une si mauvaise chose. Quant à votre allusion à Maurras, elle ne m'inspire aucun commentaire, si ce n'est celui-ci: que vous manquez fort d'urbanité en l'évoquant. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je n'ai encore jamais lu Maurras. Encore quelques commentaires (pas nécessairement de vous, bien sûr) et je serai un fasciste, ou pire encore, un raciste, etc., bref, la chanson habituelle. Aussi préféré-je fermer ces commentaires, jusqu'à mon prochain billet, comme d'habitude. Ce sera, je crois, ma nouvelle politique de modération de ce blogue: fermer les commentaires, un peu avant que les dérapages ne commencent vraiment.

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