UN JARDIN D’ADONIS

(Hévrèse)

BLOGUE ET SPICILÈGE

Olivier Bruley

26/10/2006

26/10/06 - 21:11

Un style ‘‘téléphone portable’’ ?


Ce blogue étant aussi un spicilège, je me contenterai aujourd’hui de citer Jean-Gérard Lapacherie citant lui-même Victor Klemperer dans un récent article publié, non sur son blogue, mais sur le site Liberty Vox : « Dans le journal qu’il a rédigé de 1933 à 1941 (traduit sous le titre Mes Soldats de papier, Le Seuil, 2000), Victor Klemperer analyse les formes, toutes modernes et d’avant-garde, qu’a prises, à partir de 1933, la propagande des socialistes nationaux au pouvoir. ‘‘A noter, écrit-il, le rôle de la radio ! Pas comme d’autres acquis techniques : nouveaux contenus, nouvelle philosophie. Mais : nouveau style. Refoulement de l’écrit. Oratoire, oral. Primitif, à un degré plus élevé !’’. » Observation du même ordre que celle que faisait tout récemment Finkielkraut dans son émission Répliques et que j’avais déjà recopiée une première fois dans ce blogue : « Il suffit de se promener dans la blogosphère pour constater une sorte de renversement […] : autrefois, la conversation était malgré tout placée avec la littérature sous l’autorité de l’écrit ; maintenant, l’écrit s’oralise complètement, la violence de l’oral est présente dans l’écrit. » Notre époque se caractérise peut-être par ce qu’on pourrait appeler le style ‘‘téléphone portable’’ : on écrit en style SMS ; le m/sinistre Borloo et tant d’autres parlent en public avec autant de relâchement que s’ils avaient une conversation privée dans leurs maudits téléphones portatifs (mais il est vrai qu’on parle si fort dans ces petits appareils que ladite conversation n’a généralement de privée que le nom, chacun pouvant la suivre sans avoir à beaucoup tendre l’oreille). Il est même possible, aujourd’hui, de faire du cinéma avec son mobile et la première racaille venue peut très bien faire ‘‘tourner’’ sa copine dans la cave d’un immeuble pour le plaisir de tous (cf. l’article de Lapacherie). On peut dire, écrire, lire, entendre, voir le monde grâce à son portable. L’époque entière tient dans un téléphone.

commentaires

26/10/06 - 21:30

Comme quoi faut pas trop écouter ces vieux cons de philosophes... ce devait être mieux dans le bon temps, quand le bon peuple ne savait même pas lire... mon arrière grand mere ne parlait que le patois aussi. je ne pense pas qu'elle aurait pu m'apprendre ce que veut dire spicilège. un truc pour faire classe dans un sms surement. je vais aller voir sur google.

26/10/06 - 21:36

C'est le résultat de tellement d'errements... On a fini par penser petit, à l'aune des prochaines échéances electorales et ce n'est pas ce que l'on entend dans le débat politique qui peut nous rassurer.

26/10/06 - 21:39

Quant à moi, c'est votre bêtise que je n'ai pas très envie d'entendre, cher Alixx. Est-il possible que vous ne possédiez pas seulement de dictionnaire?

26/10/06 - 21:43

Ce n'étaient pas des socialistes nationaux au pouvoir en Allemagne, mais des nationaux-socialistes (très exactement, le parti national-socialiste des travailleurs allemands, NSDAP). J'espère n'avoir pas deviné d'intention polémique dans l'inversion que vous avez faite ; le problème est qu'elle enlève, justement, ce qu'il y a d'essentiel dans l'idéologie nazie : le primat du national sur le social. Le fait qu'Hitler ait éliminé les SA pendant l'été 1934 est très significatif de sa volonté d'écarter tout "socialisme" dans sa ligne de conduite politique. En outre, la suppression des syndicats, remplacés par une organisation corporatiste, le Front du Travail (Deutsche Arbeitsfront) sensés représenter les intérêts communs des ouvriers et des patrons est aussi significative.
Pour le reste, je n'apprécie pas plus que vous le style SMS et l'enfermement du monde (d'un "petit monde" ?) dans le téléphone portable.

26/10/06 - 21:44

*sensée

26/10/06 - 21:45

Cher Herminien, je précise seulement que ce n'est pas moi qui fais cette inversion, mais Lapacherie. On peut en trouver l'explication sur son blogue. Il faudrait que je retrouve l'adresse de l'article où il est question de cela.

26/10/06 - 21:49

Voici l'adresse: http://

26/10/06 - 22:25

Laparcherie semble maître en supercheries : lenazionalsocialismus, parce qu'il est en un seul mot, en fait non pas un socialisme national mais bien un national-socialisme ; sinon, il y aurait un adjectif, s'accordant avec le nom, et dissocié de ce nom : nazionalistischer Sozialismus. L'invention de ce néologisme prend précisméent là son sens. Tout comme Sozialdemocratische Partei Deuschlands signifie parti social-démocrate d'Allemagne et que la social-démocratie n'est pas la démocratie sociale, les sociaux-démocartes (à gauche) ne sont pas des démocrates sociaux (au centre).

26/10/06 - 22:50

Franchement, je ne sais pas. Je suis bien trop mauvais germaniste. Mais je vois bien, au premier coup d'oeil, qu'il y a du socialisme dans le nationalsiozialismus, tout de même. Maintenant, quant à savoir son importance exacte, du point de vue linguistique, et non pas idéologique, franchement, je ne sais à qui me fier. Mon Wahrig Deutsches Wörterbuch va dans votre sens, qui définit le mot ainsi: "radikale nationalist. Bewegung nach dem 1. Weltkrieg, die 1933 bis 1945 in Dtschld. die Macht ausübte". On ne pouvait pas faire plus court.

26/10/06 - 23:06

Le terme "socialiste" est bien là ; je vous l'accorde. Mais plus pour signifier un nationalisme social, qu'un socialisme national, comme la social-démocratie désigne un socialisme démocratique et non pas une démocratie sociale. Historiquement, il y avait bien des partisans d'un "socialisme national" dans le NSDAP ; mais, comme je vous l'ai dit, ils ont été éliminés car tel n'était pas le dessein de Hitler ; aussi, pendant la période allant de 1933 à 1945, c'est un nationalisme radical, à caractère raciste, avec une vocation sociale — mais en rien socialiste — qui a été mis en œuvre en Allemagne.

26/10/06 - 23:21

Il n'empêche que la question peut être posée: le mot fut-il correctement traduit? Une bonne traduction ne doit-elle pas être sourde au contenu idéologique, même si ce contenu n'est pas ce que le mot ferait croire au premier abord? Vous dites vous-mêmes qu'il y eut des partisans d'un socialisme national. Le mot de nationalsozialismus ne s'entendit-il pas uniquement ainsi, du moins à l'origine. Ou est-ce que, dès son apparition, il signifiait pour chacun, ce que vous semblez vouloir dire, un naionalisme social. Mais Lapacherie soutient exaxtement le contraire... Je comprends bien ce que vous voulez dire, évidemment. Mais n'y a-t-il pas une réalité morphologique du mot, si je puis m'exprimer ainsi, que la traduction aurait dû prendre en compte avant tout le reste. Cela dit, je suis bien conscient que le débat est vain, puisque désormais, le mot de national-socialisme est définitvement acquis, en français.

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