18/11/2006Que sera cette nation ?
« Précisons que Renan ne fait pas de différence fondamentale entre l’argument racial et l’argument spécifiquement culturel. Il n’est pas moins grave, à ses yeux, de justifier la conquête (1) par la cathédrale de Strasbourg (2) que par le patrimoine génétique des Alsaciens. Dans les deux cas, en effet, les hommes subissent l’épreuve d’une dépossession sans précédent : c’est au nom de leur essence profonde qu’ils sont dessaisis de toute maîtrise sur leur propre destin (je souligne) ; race ou culture – c’est la vérité dont ils sont, malgré eux, titulaires qui disqualifie leur désir conscient. » Alain Finkielkraut, La Défaite de la pensée, Gallimard, 1987, collection Folio/essais, page 62.
De plus en plus d’homosexuels, ai-je cru remarquer, prétendent ne pas comprendre, pour des raisons qui m’échappent et qui ne sont d’ailleurs pas mon sujet, qu’il puisse y avoir, parmi leurs semblables, des hommes qui se prétendent homosexuels et de droite. Quelques-uns vont même jusqu’à dire qu’il n’est tout simplement pas possible d’être les deux à la fois. Et si, malgré tout, de tels individus existent, ce ne peut être que parce qu’ils sont fous ! Au nom de l’‘‘essence profonde’’ qu’il y a (mais rien n’est moins sûr) à l’origine de ce qu’on pourrait appeler ‘‘l’identité homosexuelle’’, certains voudraient donc, comme écrit Finkielkraut à propos des Alsaciens, dessaisir leurs semblables de toute maîtrise sur leur propre destin. Et l’on pourrait compléter ainsi la phrase du philosophe : « race ou culture ou sexualité – c’est la vérité dont ils sont, malgré eux, titulaires qui disqualifie leur désir conscient. »
Hypothèse : ce dessaisissement, cette disqualification, que d’aucuns prétendent aller de soi, indiqueraient que nous assistons, en ce moment même, à la naissance (3) d’un Volksgeist, d’un génie national encore inédit, que ne fonderait ni la race, ni la langue, ni la religion, ni le paysage ou le climat, mais une façon d’aimer, c’est-à-dire un esprit, et le sentiment d’avoir en commun ce seul esprit, ce Geist, ce génie. Une telle nation, si elle parvenait à se constituer, serait apparemment très aliénante. Il faudrait se soumettre entièrement au Volksgeist (être de gauche, par exemple, à ce qu’il paraît), sous peine d’être rejeté de la communauté et privé d’amour. Sans doute d’ailleurs est-ce déjà le cas, actuellement, dans le milieu dit homosexuel. Combien d’homosexuels ont connu, connaissent ou connaîtront réellement l’amour dans leur vie ?
(J’avais déjà évoqué, dans mon autre blogue, l’éventualité de la naissance d’une nation homosexuelle : « Dans Babylon Babies, écrivais-je, que je lisais récemment, une nation de cyborg semble s’être plus ou moins clandestinement constituée. L’autre jour, dans le forum de GA, je disais, pour plaisanter : ‘‘Vous verrez qu’une fois que les homosexuels auront obtenu le mariage entre eux, ils demanderont l’indépendance !’’ Mais qui sait, finalement, si, avant la fin de ce siècle, nous ne verrons pas le peuple des homosexuels s’être vraiment constitué en nation ? Une nation sans territoire sans doute, mais avec toutes sortes de petites ambassades à travers le monde, un peu comme le 10 Ontario de Babylon Babies. Quel sera alors le sens profond, si l’on peut dire, de ce mariage que les homosexuels prétendent (tous ?) désirer si ardemment ? Ce sera tout simplement la célébration du sentiment qui, pour la première fois dans l’histoire, leur fit croire qu’ils voulaient devenir une nation, c’est à savoir : un désir commun d’une institution fondatrice : le mariage. »)
(1) De l’Alsace-Lorraine.
(2) D’un style typiquement allemand, selon Goethe.
(3) Peut-être serait-il plus juste de dire que nous assistons seulement à la conception et qu’il est évidemment possible qu’un avortement survienne à tout moment. |