15/12/2006Courrier des lecteurs
Raskolnikov [c’est moi] n’habite pas à Saint-Pétersbourg, mais au fin fond de la province française. Raskolnikov n’est pas un étudiant misérable, mais un marginal honteux (1), comme notre société, hélas, en produit trop. Raskolnikov rêve de revanche. Raskolnikov ne rêve pas de tuer une petite vieille avare, non, mais des racailles. Le faible se retourne contre plus faible que soi, dure loi de la nature. Raskolnikov ressent le besoin de parer son vil ressentiment des plus hautes justifications métaphysiques… Putain je ne pensais pas être si visionnaire avec le surnom que je lui avais attribué !
Comment pouvez-vous dire que je suis un marginal honteux et qui rêve de revanche ? Comment donc pouvez-vous le savoir, puisque vous ne me connaissez pas ? Que savez-vous vraiment de mes rêves, de ma position dans le monde, de cette honte que vous me prêtez aujourd’hui, ou de la névrose paranoïaque dont vous parliez hier ? Absolument rien, dans votre lettre, ne vient étayer vos affirmations gratuites et infondées. Vous ne faites que me réduire, sans du tout vous justifier, à des mots qui, à l’évidence, sont faits pour désigner quelqu’un d’autre. Je est un autre, c’est décidément bien vrai ! Mais c’est justement parce que Je est un autre que ce n’est pas vraiment moi, dans Mon Albatros, qui souhaite la mort de la racaille, si tant est qu’il s’agisse bien de cela, comme vous m’en faites tant reproche ! Autre ou pas, j’ai si peu honte de ce que j’écris que je n’hésite pas à le signer de mon véritable nom. Vous savez que je m’appelle Olivier Bruley. Vous savez encore que j’habite au fin fond de la province française, comme vous dites. J’imagine qu’en faisant une courte recherche, il ne vous serait pas bien difficile de trouver mon adresse, à Mont-de-Marsan, au numéro 15 de la rue des Cordeliers. Vous pourriez prendre le train de Toulouse à Bordeaux, puis de Bordeaux à Mont-de-Marsan, vous rendre dans ladite rue des Cordeliers, trouver le numéro 15, appuyer sur le bouton de l’interphone à côté duquel vous liriez mon nom. Je vous ouvrirais et vous verriez alors que je soutiendrais votre regard, sans aucune honte, même si, sans doute, je ne vous ferais pas entrer chez moi. De quelle honte parlez-vous donc ?
(1) Depuis, honteux a été remplacé par orgueilleux, qui veut à peu près dire tout le contraire. |