16/12/2006Courrier des lecteurs
A Raskolnikov [moi !] :
Tout d’abord je vous accorde que l’adjectif honteux n’était pas très pertinent. L’erreur est corrigée. Je maintiens le reste. Il ne s’agit peut-être pas de vous, mais de l’image que vous donnez par vos écrits. Posez-vous des questions. Je précise toutefois, car ce ne semble pas compris, que marginal tel que je l’emploie ne renvoie pas à votre position dans le monde (1).
Sur la question de l’anonymat, je vous avouerai que vous me faites suffisamment peur pour préférer le garder. (D’ailleurs, on est dans la blogosphère, et pas dans une cour royale de l’époque moderne, comme vos arguments le laissent souvent croire (2).) Vous n’êtes peut-être pas paranoïaque, mais vous en donnez sincèrement l’impression. Et on m’a appris à me garder des fous (3).
Pour finir, et comme vous m’avez une fois traité de « sida moral et mental qui anéantira l’homme (4) », vous me permettrez de vous traiter à mon tour de diable et de vous citer ces lignes que j’ai lues hier, et qui m’ont fait penser à vous :
« Tu es le diable. […] Oui, on t’a menti. Le diable n’est pas le principe de la matière, le diable est l’arrogance de l’esprit, la foi sans sourire, la vérité qui n’est jamais effleurée par le doute. Le diable est sombre parce qu’il sait où il va, et allant, il va toujours d’où il est venu. Tu es le diable, et comme le diable, tu vis dans les ténèbres. »
(1) On aurait préféré qu’il précise ce qu’il entend par marginal !
(2) Quels arguments ? Je crois que je ne comprends pas l’allusion. Cour royale ? Il faudra que je me décide enfin à écrire le billet auquel je pense depuis un moment, à propos des lettres anonymes, qui pullulent sur Internet, dans les forums, les blogues, les commentaires, etc. Je suis parfaitement conscient que l’usage, sur la toile, est de s’attribuer des pseudonymes. Mais les conséquences de cela sont, à mon avis, très malsaines. Naguère encore, les lettres anonymes étaient le fait d’hommes isolés. Depuis l’avènement d’Internet, presque tous les hommes se sont découvert un penchant pour cette odieuse littérature.
(3) On se croirait revenu aux pires moments de l’ère soviétique (oui, je sais, j’exagère un peu). Toute pensée déviante ne peut être que d’un fou. (Cf. encore le blogueur Preston m’écrivant : « Vous êtes un malade, Monsieur. » Je me souviens de ce récent billet du gentil petit Asbel, dans lequel il écrivait : « En 1935, les intellectuels phalangistes et communistes discutaient encore fraternellement sur les terrasses et les bistrots de Barcelone. Quelques mois après, ils se fusillaient les uns les autres. Si ça venait à se reproduire, est-ce que je bougerais mon cul pour tenter de sauver mes amis emprisonnés ? » Ce doute affreux dont Asbel nous fait part me laisse penser que, peut-être, dans un contexte moins heureux, en temps de guerre civile, par exemple, il n’hésiterait pas trop à faire interner ses ennemis dans des hôpitaux psychiatriques ! On va dire que ma paranoïa me reprend, mais, après tout, un Asbel a de bien plus grandes chances de faire interner ou même fusiller un ennemi que moi de tuer de la racaille au moyen de ma langue, quand même elle serait électrique ! Car c’est bien de cela qu’on m’accusait, l’autre jour : de vouloir tuer avec ma langue !
(4) Faux. Cf. Ce que je voulais dire par ‘‘sida mental’’. |