10/02/2007
Le 21 février 2007 paraîtra en kiosques un numéro spécial de La Presse littéraire consacré aux écrivains infréquentables, sous la direction de Juan Asensio. Mais ‘‘hors ce hors-série’’, quatre articles qui, en quelque sorte, l’annoncent, vont être mis en ligne sur le site de ce dernier. Est paru, hier, celui de Dominique Autié : Jünger, le subtil. Quant aux trois autres articles, ils sont d’ores et déjà consultables sur le site de Joseph Vebret : Antimodernité de Bruno Dumont, par Ludovic Maubreuil ; Pierre Boutang ex cathedra, par Francis Moury ; Au « flambeau de l’analogie ». L’œuvre de Maistre éclairant notre époque, par moi-même.
07/02/2007
Remarque sur le terme d’anti-islamisme
Il y a quelque temps déjà que des internautes avaient qualifié d’islamophobe un article de moi paru dans l’ancienne version de ce blogue. Plutôt que d’islamophobie, j’aurais de loin préféré qu’on me soupçonne d’un plus sain et sans doute moins condamnable anti-islamisme (comme on parle d’anti-américanisme, serait-ce pour le qualifier de primaire, plutôt que d’américanophobie, même si le mot se rencontre parfois). Le suffixe -phobie implique une peur instinctive, irraisonnée, pour ne pas dire irrationnelle. Prêter une phobie à quelqu’un, cela revient à ne plus lui reconnaître toute sa raison et donc à l’exclure du débat. Le mot anti-islamisme n’est pourtant pas sans ambiguïté. Que signifierait donc être anti-islamiste ? Serait-ce être contre l’islam ou contre l’islamisme au sens tout récent que ce dernier terme a pris ? C’est ici que la pensée unique fait sentir toute son emprise sur les esprits. Je sais bien que certains prétendent qu’il n’y a pas réellement de pensée unique, chacun voyant midi à sa porte et ladite pensée à celle de son voisin. Mais c’est précisément à l’endroit où se rejoignent les différentes façons de penser que la pensée unique se laisse voir. Ainsi, qu’on redoute, par exemple, l’islamisation de la France ou qu’on prétende, au contraire, qu’il s’agit là d’une crainte qui n’a pas lieu d’être ; qu’on croie voir des islamistes là où il n’y a que des musulmans ou qu’on prétende que certains islamistes ne sont en réalité que d’inoffensifs musulmans ; on s’accorde généralement à dire qu’islam et islamisme sont deux choses radicalement différentes et qui, peut-être même, s’excluent l’une l’autre. S’il se trouve un homme assez fou pour dire qu’islam et islamisme sont une seule et même chose, alors toutes les têtes bien-pensantes parleront d’une seule voix : « Islam et islamisme ne peuvent être la même chose, dira-t-on, puisque la majorité des musulmans de France sont des modérés », ce qui est entièrement vrai, d’ailleurs (mais qui sait si ces modérés n’ont pas tout bonnement cessé d’être des musulmans, je veux dire de bons musulmans selon l’islam, sans le savoir encore ? (1)). La pensée unique, qui est une non pensée, laisse cependant facilement voir ses failles (il est vrai qu’elle n’est qu’une énorme faille, un gouffre), et parfois quand on s’y attend le moins. Ainsi, récemment encore, on entendit parler, jusqu’à la télévision même, qui est pourtant le lieu par excellence de la pensée unique, de ces islamistes que l’Ethiopie a chassés de Somalie. Les tribunaux de ces islamistes, pourtant, étaient bien des tribunaux islamiques. Les prompteurs des présentatrices du journal télévisé, ces prêtresses de la pensée unique, associaient islam et islamisme devant des millions de Français sans que personne n’y trouve à redire !
(1) C’est l’hypothèse d’un Jean-Jacques Walter, par exemple. Selon lui, il serait impossible d’être à la fois français et musulman, les valeurs de l’islam étant incompatibles avec celles de la République. Les musulmans prétendant être modérés et partager pleinement les valeurs de la France auraient en réalité cessé d’être musulmans, mais sans le savoir. Selon Walter, il faudrait donc les aider à prendre conscience qu’ils ne sont plus que français.
01/02/2007« Comment peut-on être homosexuel et croire en Dieu ? »
Il me semble avoir entendu plusieurs fois déjà, sur ce site ou bien ailleurs, des homosexuels (apparemment athées) se demander comment on pouvait être homosexuel et croire en Dieu, alors que, selon toute vraisemblance, si du moins l’on en croit la doctrine de la religion, Dieu n’aime pas les homosexuels (1). Sans doute ne savent-ils pas qu’on a vu des condamnés à morts prier jusque sur l’échafaud un Dieu qui, pourtant, n’a jamais aimé le crime. Pourquoi ne commencent-ils pas par se demander comment on peut être homosexuel quand on est vieux ou laid ? Car on sait bien que les homosexuels n’aiment que la jeunesse et la beauté ! Moi-même, qui ne suis guère plus beau qu’un autre et qui commence à me faire vieux (car on est vieux fort jeune en ce beau pays de Pédérastie, où Dieu n’est plus, ni dans les corps la plus petite âme qui vive), moi-même, disais-je, comment puis-je donc continuer d’être homosexuel ? C’est que, sans doute encore animé par l’espoir, j’ai foi en l’homme et le crois toujours capable de m’aimer, malgré lui et malgré moi. Mais quand tout espoir sera envolé, pour croire encore en l’homme, le dernier recours ne sera-t-il pas de croire en Dieu ?
(1) On me fait remarquer que ce n’est pas la doctrine (catholique, mais je ne pensais pas au catholicisme en particulier) qui prétend que Dieu n’aime pas les homosexuels, mais les athées qui le postulent (ce qui est un beau paradoxe), sinon, pourquoi poseraient-ils une telle question : « Comment peut-on être homosexuel et croire en Dieu ? ». « Aimer le pécheur et ne pas aimer le pécher », telle est, me précise-t-on, la doctrine catholique actuelle. Et en effet, le crime du condamné à mort n’est pas le criminel. Croire en Dieu permet peut-être à celui-ci de regarder son crime avec horreur et de rester un homme, au lieu que d’être le crime même. Mais on aura sans doute compris que ce billet ne visait pas tant l’hypocrisie des églises et des religions que celle des homosexuels. Il se trouve que, pour l’instant, je suis encore athée. Je puis donc considérer toutes les religions comme des erreurs. Mais si vraiment Dieu existe, il est probable qu’il ne puisse y avoir qu’une vraie religion. Il se peut donc aussi qu’aucune encore ne soit vraie. Et l’on peut tout à fait concevoir que Dieu n’aime pas les hommes qui se sont rendus coupables. J’ajoute qu’écrire au singulier un mot comme religion n’est pas nécessairement de l’ethnocentrisme et, d’ailleurs, l’ethnocentrisme ne me paraît pas être un crime, à moins que le fait de considérer le monde depuis le lieu d’où l’on est soit désormais interdit. La religion au singulier, ce peut être, parmi toutes les religions, la seule vraie et peut-être encore à fonder, j’en conviens. |