A Mont-de-Marsan, cet après-midi, la peña ‘‘El brindis’’ avait organisé une fiesta campera dont les profits devaient revenir aux handicapés. Six novillos étaient toréés par (dans l’ordre) Richard Milian, Julien Lescarret, Mehdi Savalli, Thomas Bacqué (à cheval), Thomas Dufau et Mathieu Guillon. Le jeune rejoneador était, à mon goût, d’une grande beauté. Non loin de moi, il y avait aussi un très joli jeune homme avec une barbe de trois jours. Il n’avait d’abord sur lui que cette espèce de vareuse de marin que je crois que portaient autrefois les résiniers. Puis, quand le soleil est passé derrière l’enceinte des arènes, il a mis un pull et un bonnet à grosses mailles de laine. Parfois, je le voyais s’accroupir sur le degré où il avait sa place. Est-ce qu’il ne faut pas être un peu hippie pour s’accroupir au lieu de s’asseoir ? Quoiqu’on imagine mal un hippie assister à une corrida. Il aurait plutôt sa place dans les rangs de ceux qui manifestaient contre elle, tout à l’heure, devant les arènes. Barbarie de leurs bons sentiments : ils voudraient interdire tout un art, et ils peuvent le faire savoir sans aucune vergogne, sans que personne ne vienne leur faire honte de la folie de leur projet. Comme si l’idée qu’ils défendent était une idée respectable, digne d’un débat ! Peut-on sérieusement débattre pour ou contre le théâtre, pour ou contre la musique ? On sait bien quelle sorte d’hommes a voulu interdire cette dernière. En attendant l’interdiction pure et simple de la corrida, ils voudraient que les jeunes gens de moins de seize ans ne puissent plus y assister. Ainsi, les aficionados ne pourraient plus former à leur tour le goût de leurs enfants. A terme, la corrida s’abolirait d’elle-même. Ce n’est pas des livres qu’on veut brûler (mauvais ou subversifs), mais interdire toute possibilité de littérature ! Hélas ! Que peuvent donc les amateurs d’un sang versé avec art contre des barbares assoiffés d’amour et de non-violence ?