Les émeutes de 2005 et de 2007 ne sont pas un symptôme de la maladie de la France, mais du dépérissement des banlieues. La jeunesse de ces quartiers, une partie seulement de cette jeunesse, la plus mauvaise, m’évoque un organe qu’on aurait greffé sur la France mais qui, loin d’être rejeté par elle, comme pourrait le faire croire la métaphore (en réalité, la France est l’un des pays au monde où le racisme a le moins cours), rejetterait au contraire le corps qui l’a reçu. Terrible maladie ! Il est sans doute difficile pour un corps de se maintenir en vie après le retrait d’un organe. Quant à l’organe retiré, il avait déjà commencé de pourrir dans le corps ! Ces gens qui détestent la France, à qui ils reprochent de les tenir pour peu de chose, mais sans laquelle ils ne seraient sans doute rien, ont le culte de la mort, de la nôtre et de la leur. On reconnaît que la France est malade à ce qu’elle est incapable, non pas de prévenir les émeutes (ce n’est vraiment plus le moment !) mais de les réprimer. Prévenir les émeutes relèverait uniquement de la cure des banlieues malades, non de celle de la France. Mais au lieu de se montrer inflexible, l’Etat fait du sentiment. Le Premier ministre présente ses condoléances aux familles des prétendues victimes, qui ne sont victimes que d’elles-mêmes. Le Président de la République veut les recevoir au palais de l’Elysée. En temps normal, on pourrait comprendre que l’Etat ait publiquement de tels sentiments envers les familles de personnes mortes dans un accident impliquant sa police. Mais dans une période d’émeutes, et d’émeutes dont cet accident est précisément, non pas la cause, mais le prétexte, la manifestation de tels sentiments pourrait être interprétée comme des signes d’apaisement adressés à la canaille, alors qu’il faut être impitoyable avec elle, et qu’il ne devrait être question que de pacification, de pacification par la force, c’est-à-dire par les armes et, s’il le fallait, par le sang. Mais la France refuse d’être saignée. Telle est l’étendue de sa maladie (maladie toute morale) qu’elle ne veut plus être soignée ! En réalité, c’est une chance que ces deux jeunes gens soient morts dans l’accident plutôt que les deux policiers ou que de simples passants. Gravement blessés ou morts, ces policiers ou ces passants auraient été les réelles victimes des fausses premières. Mais alors il est vrai qu’il n’y aurait pas eu d’émeutes.
On peut lire, sur le blogue de Juan Asensio, la série d’articles regroupée sous le titre de Bellum civile.