UN JARDIN D’ADONIS

(Hévrèse)

BLOGUE ET SPICILÈGE

Olivier Bruley

11/01/2007

11/01/07 - 02:53

Remarque sur la duplicité de l’homme


«  Villa Vortex, mesdames-messieurs les bouffeurs d’écrivains, traite, – entre autres choses – de la dynamique fascistoïde que représente la désagrégation actuelle des Zétats-Nations zéropéens, la France en premier lieu. Cette fascisation générale est exprimée par les points de vue de différents personnages, qui forment la trame d’une métaconspiration dont ils sont à la fois les agents et les victimes. Le personnage du flic, tout à fait central, de Georges Kernal est bien sûr un dédoublement de moi-même, puisque ce livre stipule en toutes lettres comment sa propre théorie du double est activée par sa mise en narration, et réciproquement. Ainsi donc, si je suis Georges Kernal, je ne suis PAS Georges Kernal, car la narration, principe prophétique, dépasse les dichotomies de l’aristotélicisme et du cartésianisme.

De la même façon je suis et je ne suis pas Paul Nitzos, qui lui-même est et n’est pas un dédoublement de Kernal. Et le ‘‘tueur des centrales’’, dont le nom forme l’anagramme du mien (Marc Naudiet = Maurice Dantec) est et n’est pas l’inversion tendancielle de tous ces dédoublements.

C’est ici que se joue la place de l’écrivain dans son récit, même au je, oui, même au ‘‘je’’ le plus ‘‘autofictif’’, il est ET n’est pas le narrateur, de la même façon qu’au moment où il s’engage dans le processus narratif, il en est ET n’en est pas l’auteur.

L’écrivain est double car, comme le savaient les philosophes présocratiques ainsi que les vieux maîtres juifs et chrétiens, ce qui est porte en lui son principe contraire. Le Moyen Age finissant, ‘‘aube’’ de la ‘‘Renaissance’’, classa ce type d’assertions au rayon des psychoses, ce qui fait que le monde en son entier souffre désormais de maladie mentale.

Ainsi, d’une certaine manière, pour ce récit, j’admets avoir été ‘‘fasciste’’, mais comme l’est Georges Kernal, c’est-à-dire SANS L’ETRE. J’appelle cette narration : schizo-critique, c’est selon moi une des modalités principales de toute œuvre qui se veut ‘‘transfictionnelle’’. Car Kernal n’est pas fasciste, même si vous pensez pouvoir l’étiqueter comme tel. Il est l’ombre du fascisme, et il le sait, ce qui vous gêne, je le comprends. Car il est (ET n’est pas) mon double. Et ce fascisme, c’est toute la société qui le porte, tel Lucifer portant la Lumière dans les Ténèbres. »


Maurice G. Dantec,
American Black Box, Albin Michel, 2007, pages 49-50.


J’avais dit que le prochain billet sur cette page serait consacré à ces lettres anonymes que la plupart des internautes ont la fâcheuse habitude d’écrire dans leurs blogues, sans même être conscients, le plus souvent, de se comporter, ce faisant, comme des corbeaux ou d’autres animaux de même acabit ! Mais je m’avise qu’il serait idiot de déchaîner de nouveau les passions fort heureusement retombées des blogueurs qui ne m’aiment pas et que je croyais ne pas aimer non plus, jusqu’à ce que je repense à eux, ce soir, par hasard et comme avec un pincement au cœur auquel j’étais bien loin de m’attendre, en lisant cette page d’American Black Box : je me suis dit, avec une espèce de sourire attendri qui ne me ressemble pourtant guère, que je pourrais la recopier dans mon blogue à leur attention, sans aucune mauvaise intention. Dantec admettant avoir été, pour son récit, fasciste, mais sans l’être, c’est un peu moi reconnaissant l’autre jour avoir souhaité, dans un coupable sonnet, la mort de gens, mais sans la souhaiter vraiment ! Ce n’est pas uniquement l’écrivain, mais l’homme qui est double. Comment expliquer autrement que je puisse tout de même aimer un peu des blogueurs que je ne veux aimer en aucune manière ? Puisqu’ils sont doubles aussi, j’aime en eux ce que je crois trouver qui me ressemble ou à quoi je voudrais ressembler. Je hais le reste. Sans doute y a-t-il également dans moi, qui ne suis pas moins homme qu’un autre, de ces petits riens propres à me faire aimer même de ceux qui ne m’aiment pas.

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