25/01/2007D’Orient et d’Occident
Sur le site de leur collection à risque d’éditeur « D’Orient et d’Occident », Jean Moncelon et Dominique Autié ont mis en ligne une petite Anthologie que mes quelques lecteurs peuvent aller lire, s’ils le veulent. Il s’agit, écrit Dominique Autié, « d’un choix de textes brefs et d’extraits destinés à conforter la tonalité de [leur] démarche éditoriale ». Parmi ces textes, celui d’Alain Daniélou m’a peut-être plus ‘‘parlé’’ que les autres. L’auteur y rappelle que « selon les conceptions de la cosmologie hindoue, le monde n’a pas de substance. C’est un rêve divin, poursuit-il, une illusion à laquelle la puissance créatrice donne une apparence de réalité. » Quel enfant ne s’est pas fait cette réflexion que, peut-être, tout n’était qu’illusion, qu’il était profondément endormi, en train de rêver, ou même qu’il n’existait pas, mais n’était qu’un personnage dans le rêve d’un autre ? Qu’on me pardonne de citer ici Joseph de Maistre, qui a peu à voir avec ce dont je traite, mais que j’ai beaucoup lu dernièrement, et qui me revient souvent à l’esprit. Il écrit dans l’Eclaircissement sur les sacrifices, à propos du salut par le sang, que « ni la raison ni la folie n’ont pu inventer cette idée, encore moins la faire adopter généralement. Elle a sa racine dans les dernières profondeurs de la nature humaine ; et l’histoire, sur ce point, ne présente pas une seule dissonance dans l’univers. » Selon Maistre, c’est le fait qu’une telle idée, souvent déformée, certes, et même jusqu’à l’erreur, soit si largement répandue chez les hommes, qui en prouve toute la vérité. Quant à moi je me demande si cette autre idée, celle d’un monde qui serait rêve, ou encore chant, ne trouve pas sa preuve dans le fait qu’elle est partagée par tant d’enfants. Qui sait même, si ce n’est pas elle qui se retrouve, très déformée sans doute (que les croyants me pardonnent), dans les premiers mots de la Genèse : « La terre était informe et toute nue, les ténèbres couvraient la face de l’abîme : et l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux. Or Dieu dit : Que la lumière soit ; et la lumière fut faite. » « C’est pourquoi il est dit, écrit Daniélou, que le Créateur profère l’Univers. C’est la théorie du Verbe divin. » Souvent, dans mes rêves, je croise un garçon jamais aperçu jusqu’alors, mais que je sais connaître depuis toujours. Tantôt il est blond, tantôt brun, ses yeux sont noirs, bleus, parfois je n’en sais pas la couleur, parce que je ne le vois que de dos. Mais c’est toujours le même, celui dont je suis tombé amoureux, il y a fort longtemps, avant ma naissance, peut-être, et qui n’existe que dans mes rêves. Il se peut que je connaisse toutes les nuits un bonheur immense, dont je suis condamné, le jour, à ne pas me souvenir. Peut-être l’autre garçon est-il mon double, condamné lui aussi à ne pas se souvenir de moi. Telle est, en quelque sorte, ma religion personnelle, qui est sûrement la déformation d’une vérité très différente, ou très proche, je ne sais : j’espère trouver un jour le dieu dont je suis le rêve, j’espère trouver quelqu’un qui projette réellement, sous le soleil, cette ombre que je poursuis vainement. |