01/02/2007« Comment peut-on être homosexuel et croire en Dieu ? »
Il me semble avoir entendu plusieurs fois déjà, sur ce site ou bien ailleurs, des homosexuels (apparemment athées) se demander comment on pouvait être homosexuel et croire en Dieu, alors que, selon toute vraisemblance, si du moins l’on en croit la doctrine de la religion, Dieu n’aime pas les homosexuels (1). Sans doute ne savent-ils pas qu’on a vu des condamnés à morts prier jusque sur l’échafaud un Dieu qui, pourtant, n’a jamais aimé le crime. Pourquoi ne commencent-ils pas par se demander comment on peut être homosexuel quand on est vieux ou laid ? Car on sait bien que les homosexuels n’aiment que la jeunesse et la beauté ! Moi-même, qui ne suis guère plus beau qu’un autre et qui commence à me faire vieux (car on est vieux fort jeune en ce beau pays de Pédérastie, où Dieu n’est plus, ni dans les corps la plus petite âme qui vive), moi-même, disais-je, comment puis-je donc continuer d’être homosexuel ? C’est que, sans doute encore animé par l’espoir, j’ai foi en l’homme et le crois toujours capable de m’aimer, malgré lui et malgré moi. Mais quand tout espoir sera envolé, pour croire encore en l’homme, le dernier recours ne sera-t-il pas de croire en Dieu ?
(1) On me fait remarquer que ce n’est pas la doctrine (catholique, mais je ne pensais pas au catholicisme en particulier) qui prétend que Dieu n’aime pas les homosexuels, mais les athées qui le postulent (ce qui est un beau paradoxe), sinon, pourquoi poseraient-ils une telle question : « Comment peut-on être homosexuel et croire en Dieu ? ». « Aimer le pécheur et ne pas aimer le pécher », telle est, me précise-t-on, la doctrine catholique actuelle. Et en effet, le crime du condamné à mort n’est pas le criminel. Croire en Dieu permet peut-être à celui-ci de regarder son crime avec horreur et de rester un homme, au lieu que d’être le crime même. Mais on aura sans doute compris que ce billet ne visait pas tant l’hypocrisie des églises et des religions que celle des homosexuels. Il se trouve que, pour l’instant, je suis encore athée. Je puis donc considérer toutes les religions comme des erreurs. Mais si vraiment Dieu existe, il est probable qu’il ne puisse y avoir qu’une vraie religion. Il se peut donc aussi qu’aucune encore ne soit vraie. Et l’on peut tout à fait concevoir que Dieu n’aime pas les hommes qui se sont rendus coupables. J’ajoute qu’écrire au singulier un mot comme religion n’est pas nécessairement de l’ethnocentrisme et, d’ailleurs, l’ethnocentrisme ne me paraît pas être un crime, à moins que le fait de considérer le monde depuis le lieu d’où l’on est soit désormais interdit. La religion au singulier, ce peut être, parmi toutes les religions, la seule vraie et peut-être encore à fonder, j’en conviens. |
03/02/07 - 00:28
Les homosexuels ne croient pas en Dieu car Dieu ne les aime pas ? Pour moi, c’est implicitement une manière de croire en Dieu. Un peu comme si on disait untel ne croit pas en l’existence de son père, parce que son père ne l’aime pas.
Ne confonds-tu pas religion et Dieu ? Te connaissant un peu, je sais ce que tu vas me répondre. Que l’un ne va pas sans l’autre. Oui et non. Dieu, du moins sa matérialisation et les religions sont des inventions humaines. Mais Dieu, contrairement aux religions, est avant tout une inconnue ( au sens mathématique du terme) et on n’invente pas une inconnue, on la cherche. De ce point de vue, tout le monde croit en Dieu, même moi qui me qualifie d’athée scientifique et non pas d’agnostique. Je sais que Dieu n’existe pas, mais je n’ai pas encore réussi à le démontrer, donc je continue à chercher.
L’histoire de l’humanité abonde en histoires édifiantes sur la naissance des religions. La plus édifiante est celle du culte du dieu « cargo », apparu pendant la deuxième guerre mondiale aux Nouvelles-Hébrides. Un bateau américain fit une escale imprévue dans une île où personne n’avait encore vu d’homme blanc. Mais ce ne furent pas les hommes blancs qui furent déifiés, mais l’étrange embarcation qui les contenait, eux, ainsi que des marchandises inconnues jusque là. L’homme et la matière nés des entrailles du navire. Intéressant.
Une autre interprétation de l’apparition de la vie sur terre faite par Bradbury ou je ne sais plus quel auteur de science fiction. Il y a quelques milliards d’années, un vaisseau spatial venu d’une autre galaxie amerrit sur terre. Evidement, puisque les océans la recouvraient totalement. Ils mettent le nez dehors…Quel endroit pourri, rien à en tirer…Au moment de fermer la portière du vaisseau spatial, un des membres d’équipage crache dans la mer…Dans ce cas, il y a bien un créateur à l’origine de la vie sur terre, mais un créateur inconscient qui se désintéresse totalement de sa création.
Toutes les religions trouvent leur essence dans la recherche des origines. Elles se perpétuent pour la survie de l’espèce. Ainsi la Bible est avant tout un manuel de droit, de démographie, de morale, d’économie, de politique, de sexologie, de généalogie etc…
La condamnation, entre autres, de l’homosexualité est fondée non sur des préceptes moraux, mais sur des constatations démographiques. L’équilibre entre naissances et décès étant très fragile, si l’on voulait la survie du clan (ethnocentrisme), il fallait que chaque mâle en âge de procréer s’adonnât à sa mission reproductrice. L’onanisme, pratique bien inoffensive pourtant, était condamné avec la même sévérité. A contrario, même si aucun homme ne devait convoiter la femme de son voisin, parce que cela fichait la pagaille dans la généalogie, il pouvait convoiter plusieurs vierges en même temps à condition qu’il les épousât (les bâtards fichaient la pagaille dans les questions d’héritage). Si on ajoute à cela que le judaisme était une religion qui ne pratiquait pas le prosélytisme, on comprend mieux pourquoi la fonction de procréation était à ce point importante.
Le christianisme, lui, est, à mon avis, né d’un malentendu. D’abord le père du Christ n’était pas son père tout en étant son père. Si Marie est vénérée à l’égal d’une déesse dans le panthéon catholique, Joseph reste une espèce de parent pauvre. Ce brave Joseph…cocufié par Dieu en personne. Il fallait oser ! De la vie du Christ, on ne sait pas grand-chose. Les évangiles le mettent en scène dans les dernières années de sa vie. Contrairement à Mahomet, il n’a rien écrit, ce qui fait qu’on a pu lui faire dire à peu près n’importe quoi, mais jamais, au grand jamais, on ne lui a fait dire qu’il était anti-sémite et qu’il renonçait à la foi juive. On ignore avec précision quel était son métier, mais il n’est pas impossible d’imaginer qu’il était rabbin. Un rabbin dissident, qui voulait remettre un peu d’ordre dans une maison en proie à des querelles internes, le tout sur fond d’occupation avec ses collabos, ses résistants, on connaît tout ça. Un prophète, pourquoi pas. Un peu guérisseur, je n’ai rien contre. Qui préférait le vin à l’eau, ça ne me pose pas de problèmes. Qui a réuni autour de lui une bande de copains, un peu à la dérive, je veux bien. Qui, au contact des troupes d’occupation, (n’oublions pas que Paul était romain) a voulu introduire du sang neuf dans une religion enfermée dans son dogmatisme élitiste, je suis preneur. Mais qu’il ait été, ou ait même prétendu être le fils de Dieu, là ça coince pour moi. Un problème de traduction, sans doute. De l’araméen au latin en passant par l’hébreu et le grec, certains mots ont pu être détourné de leur sens originel. Il a du dire, je suis le fils du charpentier. On aura mal traduit. Pire encore, qu’on m’explique pourquoi le culte dédié à un juif a abouti à deux mille ans de persécutions du peuple juif ! Hein ?
don-esteban