Remarque sur le terme d’anti-islamisme
Il y a quelque temps déjà que des internautes avaient qualifié d’islamophobe un article de moi paru dans l’ancienne version de ce blogue. Plutôt que d’islamophobie, j’aurais de loin préféré qu’on me soupçonne d’un plus sain et sans doute moins condamnable anti-islamisme (comme on parle d’anti-américanisme, serait-ce pour le qualifier de primaire, plutôt que d’américanophobie, même si le mot se rencontre parfois). Le suffixe -phobie implique une peur instinctive, irraisonnée, pour ne pas dire irrationnelle. Prêter une phobie à quelqu’un, cela revient à ne plus lui reconnaître toute sa raison et donc à l’exclure du débat. Le mot anti-islamisme n’est pourtant pas sans ambiguïté. Que signifierait donc être anti-islamiste ? Serait-ce être contre l’islam ou contre l’islamisme au sens tout récent que ce dernier terme a pris ? C’est ici que la pensée unique fait sentir toute son emprise sur les esprits. Je sais bien que certains prétendent qu’il n’y a pas réellement de pensée unique, chacun voyant midi à sa porte et ladite pensée à celle de son voisin. Mais c’est précisément à l’endroit où se rejoignent les différentes façons de penser que la pensée unique se laisse voir. Ainsi, qu’on redoute, par exemple, l’islamisation de la France ou qu’on prétende, au contraire, qu’il s’agit là d’une crainte qui n’a pas lieu d’être ; qu’on croie voir des islamistes là où il n’y a que des musulmans ou qu’on prétende que certains islamistes ne sont en réalité que d’inoffensifs musulmans ; on s’accorde généralement à dire qu’islam et islamisme sont deux choses radicalement différentes et qui, peut-être même, s’excluent l’une l’autre. S’il se trouve un homme assez fou pour dire qu’islam et islamisme sont une seule et même chose, alors toutes les têtes bien-pensantes parleront d’une seule voix : « Islam et islamisme ne peuvent être la même chose, dira-t-on, puisque la majorité des musulmans de France sont des modérés », ce qui est entièrement vrai, d’ailleurs (mais qui sait si ces modérés n’ont pas tout bonnement cessé d’être des musulmans, je veux dire de bons musulmans selon l’islam, sans le savoir encore ? (1)). La pensée unique, qui est une non pensée, laisse cependant facilement voir ses failles (il est vrai qu’elle n’est qu’une énorme faille, un gouffre), et parfois quand on s’y attend le moins. Ainsi, récemment encore, on entendit parler, jusqu’à la télévision même, qui est pourtant le lieu par excellence de la pensée unique, de ces islamistes que l’Ethiopie a chassés de Somalie. Les tribunaux de ces islamistes, pourtant, étaient bien des tribunaux islamiques. Les prompteurs des présentatrices du journal télévisé, ces prêtresses de la pensée unique, associaient islam et islamisme devant des millions de Français sans que personne n’y trouve à redire !
(1) C’est l’hypothèse d’un Jean-Jacques Walter, par exemple. Selon lui, il serait impossible d’être à la fois français et musulman, les valeurs de l’islam étant incompatibles avec celles de la République. Les musulmans prétendant être modérés et partager pleinement les valeurs de la France auraient en réalité cessé d’être musulmans, mais sans le savoir. Selon Walter, il faudrait donc les aider à prendre conscience qu’ils ne sont plus que français.