Ce soir, comme sans doute beaucoup de Français, j’ai regardé à la télévision le débat qu’il y avait entre le coq et l’autruche, les deux candidats à l’élection présidentielle. Il m’a semblé que l’esbroufe en remontrait à la baudruche. Je n’en reviens toujours pas qu’une femme aussi creuse, à la sincérité si mécanique, à de si fausses colères, ait su parvenir si loin dans la campagne. Cette femme, d’habitude si dénervée, semblait, par instants, se transformer en un véritable automate hystérique ! Je ne savais plus si je souffrais d’entendre sa voix de morte vive, ou si c’était de la compassion que j’avais pour elle, pour la souffrance que c’est apparemment d’être elle, c’est-à-dire de n’être pas. Devant une telle inanité, la vulgarité faite homme donnait aisément l’illusion d’être quelqu’un : le premier venu passerait pour un grand homme, même le plus petit, à côté d’elle. Faute de mieux, espérons donc que le peuple de France, comme il fut encore nommé, durant cette campagne, saura choisir, au lieu de la poule ayant des dents (et quel sourire !), ce méchant petit poulet aux hormones qui, au moins, daigne se prendre pour un coq. Basiléia, comme l’appelle un mien ami, n’est au fond, si j’ose ce dernier horrible jeu de mots, que le bacille du coq : l’essoufflement d’une France phtisique et crachant le sang. Car c’est bien de souffle, d’air, d’âme que manque la Royal, qui ne prononce pas un mot avec naturel, à qui la musicalité de notre langue semble parfaitement étrangère et dont pas une phrase n’est ni ne semble française.