Quelques menues considérations sur ce qui me pousse à écrire désormais sous mon véritable nom.
(Ce texte a été publié une première fois, dans ce blogue, le 15 août 2006. Je le donne à relire à ceux qui croient ou affectent de croire que je m’amuse (mais ça n’a rien d’un jeu) à signer d’un pseudonyme des commentaires injurieux sur leurs blogues. S’il m’arrive encore de laisser un commentaire ici ou là, c’est toujours en étant connecté à mon compte GA, pour que personne ne doute que ledit commentaire est bien de moi, Olivier Bruley, et de personne d’autre. Les commentaires signés ‘‘Olivier Bruley (visiteur)’’ sont donc d’un imposteur, qui usurpe mon identité.)
« Le défaut de patronyme les dispense de la consistance. »
Renaud Camus, Vaisseaux Brûlés, 1-3-8-3-1-1-2-1-4-38-1
A quelqu’un qui, tout récemment, dans un petit article qu’il écrivait à mon propos, affectait de ne pas savoir comment user de mon ancien pseudonyme, qu’il mettait très ostensiblement entre guillemets, sans autre but, je pense, que de montrer à ses lecteurs le grand dégoût qu’il avait du sujet qu’il s’était donné et qu’il feignait de ne pouvoir prendre qu’avec des pincettes, j’avais dit que je m’appelais Olivier Bruley, et que, s’il lui était trop pénible de se servir de mon pseudonyme pour me nommer, il pouvait tout simplement m’appeler par mon véritable nom, dont je ne faisais pas mystère. Je lui avais ensuite expliqué que, si j’avais gardé jusque-là ce pseudonyme, sous lequel je fis mes tout premiers pas d’internaute, c’était parce qu’il figurait dans les adresses de mes deux blogues, dont je ne souhaitais pas changer les URL. Mais je m’avise à présent que, si, en effet, je ne peux pas me permettre de changer l’URL du blogue que je tiens ailleurs (et qui est celui auquel je suis le plus attaché), pour toutes sortes de raisons (par exemple, serait-ce seulement par respect pour mes lecteurs, qui sont habitués à me trouver à la même adresse depuis bien longtemps), rien cependant ne s’oppose sérieusement à ce que je donne à mon blogue De Provincia une nouvelle adresse sur G.A., rien ni personne, car les lecteurs que j’ai sur ce site (à quelques notables exceptions près) n’ayant pas pour moi le centième du respect que je leur montre (ne serait-ce qu’en leur donnant à lire des billets de belle tenue et en répondant souvent longuement à leurs sottes manifestations de mauvaise humeur ou à leur trop fréquentes grossièretés) ne sauraient en attendre de moi davantage.
A quelqu’un d’autre, de cuyo nombre no quiero acordarme (et d’ailleurs, comment le pourrais-je ?, puisque je ne connais de lui que son pseudonyme, qui voudrait évoquer un bon gars plein de naturel), espèce de Don Quichotte, mais de la Tranche (car il voulait absolument que j’eusse un avis bien tranché sur certaine question que j’avais eu le malheur de soulever avec les mots d’un autre, derrière lequel je lui semblais me cacher), à cet hildagogo, disais-je, qui n’avait point de monture, mais bien le sang chaud, comme il me demandait, le plus sérieusement du monde, lui, l’anonyme, de prendre personnellement position, j’avais demandé s’il était seulement conscient qu’une telle prise de position de ma part n’aurait de sens qu’à la condition que je parle en mon nom, c’est-à-dire en signant de mon nom. Ce que je ferai donc à partir d’aujourd’hui, dans mon blogue comme dans ceux d’autres membres de G.A., puisque, maintenant que je suis inscrit sur ce site sous ma véritable identité, ce sera mon nom qui apparaîtra automatiquement en signature de tous mes commentaires. Comment, en effet, prétendre assumer publiquement une position sans donner d’abord son nom ? Sans nom, on n’a pas de position, on ne se situe nulle part, aux yeux d’autrui, personne n’étant capable, sans lui, de dire qu’un tel se trouve à tel endroit. Comment donc répondre de ses actes et de ses paroles, si l’on ne peut pas seulement être appelé à répondre. On ne peut répondre qu’en son nom, c’est-à-dire d’abord à son nom, je veux dire : à l’appel de son nom. Sans la garantie qu’est le nom, ce qui est dit ou écrit ne peut guère avoir de valeur.
C’est un lieu commun, dont bien des blogueurs anonymes nous rebattent les oreilles, que de prétendre qu’Internet est un règne de faux-semblants, un pays imaginaire peuplé d’ombres sans consistance, tenant des propos sans portée, sans conséquence sur la vie réelle, sans même aucun rapport avec elle qui, de toute façon, serait ailleurs… Mais c’est s’abuser que de croire cela. Si ces ombres n’ont pas de consistance, c’est uniquement parce qu’elles refusent de porter leurs véritables noms. Tout ce qui existe doit pouvoir être nommé. Nommer les choses, c’est précisément ce que fait Dieu lorsqu’il crée le monde. Le nom de la chose est inséparable de sa perception. C’est un fait assez connu, je crois, que la neige, sous nos latitudes, n’a qu’un nom, alors que les Esquimaux lui en donnent des dizaines. Parce que nous ne parvenons à distinguer qu’une sorte de neige, nous ne lui avons donné qu’un nom. Parce que la neige, ici, n’a qu’un nom, nous ne sommes capables d’en distinguer qu’une sorte. Un homme ne peut choisir soi-même son nom, du moins, là encore, sous nos latitudes. Son nom lui vient de l’extérieur (son père le lui donne), c’est-à-dire du monde, de ce qui existait avant lui, et qui, en le nommant, lui donne une place en son sein. Se nommer soi-même, en se donnant un pseudonyme, comme font tant d’internautes, c’est presque s’anéantir. Prétendre n’être né de rien ni de personne, mais de soi seul, c’est se condamner à ne passer effectivement pour rien ni personne. Parler sous un pseudonyme, c’est-à-dire sous un faux nom, revient à ne rien dire. Sous un faux nom, point de parole qui tienne, comme est sans valeur la fausse monnaie. Et pourtant, la fausse monnaie circule et s’échange. La fausseté de la fausse monnaie est bien réelle. Comme sont bien réelles et ont des patronymes toutes ces ombres dissimulées derrières de faux noms. Internet est sans doute, en effet, un règne de faux-semblants, mais ces faux-semblants sont bien réels, eux. Il sont le fait des internautes, qui, chair et os, existent nécessairement, pour pouvoir projeter leurs ombres sur la toile. Il y a, depuis peu, sur la page d’accueil de ce site, la photo d’un jeune homme à qui un grand malheur est arrivé. C’est bien son nom qu’on lit sous la photo, non pas un pseudonyme. Il n’était pas qu’une ombre. A toute ombre est attaché un corps plein de vie, de véritable vie. La preuve en est que cette vie peut cesser à tout moment.