Un jardin d’Adonis. Sur le nouveau titre de ce blogue
Qu’on n’aille pas croire que je me prends pour un Adonis ! Les jardins d’Adonis étaient de petites corbeilles dans lesquelles on avait fait pousser à l’occasion des Adonies certaines plantes dont la courte durée évoquait la brève existence du jeune homme éponyme (cf. ce que j’écrivais à ce sujet, dans mon journal, le 15 janvier 2006). Il y a déjà longtemps que je songe à donner à ce blogue le même titre qu’à celui que je tiens ailleurs, dans lequel je publie mon journal intime. Si j’ai intitulé ce journal intime Un jardin d’Adonis, c’est parce que ce qui parfois y arrive à maturité dépérit aussitôt. « De temps en temps, écrivais-je en 2006, une bouture prend, mais, le plus souvent, tout retombe, et c’est le silence qui règne, entre quelques petites phrases semées en vain […]. Point de culture ici, mais un pauvre jeu, un pauvre je, improductif et frivole. Ce journal est l’antithèse de la production. Tout ce que je puis produire, je le fais au jour le jour, chaque jour effaçant l’autre. Aucune œuvre en perspective. Mon désœuvrement est à l’œuvre. Ce journal n’est rien de plus qu’un jardin d’Adonis. » Mais ce que j’écrivais naguère sur mon journal intime, c’est-à-dire sur ma vie, ne pourrais-je pas le dire aussi bien de ma ‘‘pensée’’ (s’il m’est permis d’user d’un si grand mot !), de la pensée qui a cours sur cette page, mais qui, bien sûr, n’est pas vraiment de la pensée ? Mes deux blogues sont un seul et même jardin que je cultive sans passion ni raison ; jardin d’Adonis, c’est-à-dire jardin stérile, où ne poussent vraiment, dans l’un, que ‘‘des salades’’ (car qu’est-ce au fond qu’une vie si ce n’est des salades ?), dans l’autre la mauvaise herbe des méchants commentaires qui prolifèrent entre mes petits, tout petits pavés jetés dans la marre et dont il est impossible de se débarrasser. Les Adonies étaient divisées en deux temps, dont l’ordre variait selon les cités : c’étaient l’hévrèse et l’aphanisme. L’aphanisme correspondait à la disparition d’Adonis, à sa mort, sa descente aux Enfers. L’hévrèse correspondait à son retour, sa découverte. J’ai choisi ces deux mots pour servir de sous-titre à chacun de mes blogues. Evidemment, aphanisme revient à mon journal intime, où se raconte ma vie : toute vie n’est-elle pas, en effet, le récit d’une disparition ? Quant à hévrèse, il ira sans doute assez bien à ce journal-ci. Il y a dans l’hévrèse quelque chose de l’apocalypse. C’est une sorte de révélation, sans la dimension chrétienne ni catastrophique du mot biblique. Ce blogue s’efforce de trouver (heurêka ! se serait écrié Archimède !) ou de retrouver, non pas la vérité, ni même des vérités, mais d’autres vérités, dissimulées sous celles qui sont communément admises par le plus grand nombre (idées reçues).
16/12/07 - 18:50
(Dès que les mots travaillent, il y a cette insatisfaction de ne parvenir à les faire sonner dans la résonnance exacte et intime de ce que nous éprouvons. Mallarméen ou borgésien, le projet du livre ultime ou du mot-aleph travaille. Je cherche quelque chose de plus immédiatement organique - pais pour cela il faut cesser de vouloir contrôler dans l'anticipation du concept le déroulé de ses titres. Reconnaître que la totalité ne se dit pas - que ce qui se dit en émane, sans que le dire n'ait à le communiquer, sinon par exception et fulgurance, pour tel ou tel lecteur, parfois soi-même.)
kliban