31/05/2008
« J’ai appris aujourd’hui la mort de Dominique Autié. Hier encore, ou avant-hier, ayant fait tomber un livre en voulant en attraper un autre, je me suis dit : ‘‘Ah ! Si Dominique Autié me voyait !’’. Depuis que j’avais lu dans son blogue qu’il s’étonnait qu’il y ait des gens qui, étant généralement capables de prendre garde qu’un pot de confiture ne leur échappe des mains et n’aille se biser par terre, n’aient pas autant de précautions pour les livres, j’avais pris l’habitude de dire ou penser cette petite phrase quand il m’arrivait (car cela m’arrive) de maltraiter ainsi quelque volume un peu trop négligemment saisi. En réalité, les yeux de Dominique Autié s’étaient refermés dans la nuit de lundi à mardi dernier… »
Lire la suite : vendredi 30 mai 2008.
29/05/2008
La presse rapportait aujourd’hui que le mariage de deux personnes de confession musulmane avait été annulé par le tribunal de grande instance de Lille, au mois d’avril de cette année, parce que la femme avait menti à son mari en prétendant être vierge, ce que celui-ci n’avait pu vérifier lors de la nuit de noce, faute de traces de sang sur les draps du lit nuptial ! C’est d’autant plus absurde que, même si la femme a reconnu par la suite qu’elle n’était effectivement pas vierge, l’on sait que certaines jeunes filles peuvent l’être et avoir eu néanmoins l’hymen rompu, pour toutes sortes de raisons, ne serait-ce que pour s’être masturbées d’une telle façon qu’il ait été déchiré ! Car, contrairement à ce qu’on croit encore souvent, la masturbation n’est pas le privilège des hommes. Les filles, mêmes musulmanes, sont dans ces pratiques les égales des garçons. Elles ont un corps, voilé ou non, et donc des désirs. Qu’on me pardonne d’entrer dans des détails aussi triviaux : c’est l’affaire dont je parle qui est profondément obscène. On lit dans un article de Libération que l’avocat du mari précise que son client ni d’ailleurs celle qui n’a donc jamais été sa femme (grâce à la justice française !) ne sont pas des musulmans extrémistes. Je veux bien le croire. Car cette lamentable affaire de mariage annulé prouve, par l’exemple, que la menace pour la douceur de vivre française (car je ne vois rien de plus bête, de plus violent, de plus sauvage, de plus injuste, de plus étranger à nos mœurs modernes si ce n’est encore douces et courtoises, que ce drap sans tâche exhibé comme preuve de l’impureté d’une femme !) ; la menace n’est pas tant l’islamisme que l’islam, lesquels sont en réalité une seule et même chose, c’est-à-dire une religion, comprise et pratiquée avec plus ou moins de radicalité. Ce n’est d’ailleurs que tout récemment que le terme d’islamisme a pris le sens spécifique d’islam radical. Jusqu’alors, et depuis sa création, à la fin du XVIIe siècle, le mot était strictement synonyme d’islam. Il suffit d’ouvrir un dictionnaire pour le vérifier. Cette annulation démontre une fois de plus que l’islam est bien une religion terroriste, non pas, certes, comme peut être terroriste l’islamisme au sens actuel, mais au sens qu’avait le mot terrorisme sous la Révolution : cette religion mène et soumet les hommes par la terreur. Car c’est une forme de terreur qui a poussé la femme dont le mariage a été honteusement annulé par la justice française à mentir à son mari sur sa virginité, parce qu’elle savait que celui-ci la rejetterait s’il connaissait son passé : ce qui me fait penser que cette religion est absolument incompatible avec la liberté des hommes (et surtout des femmes), auxquels elle interdit même d’avoir un passé ! Comment donc, avec de telles décisions de justice, les jeunes musulmans français pourront-ils espérer connaître encore un peu de tranquillité d’âme ? Nulle jeune fille n’est apparemment plus à l’abri d’être humiliée publiquement par l’exposition d’un drap immaculé ! Nul jeune homme, même, n’est plus assuré d’aimer aussi sincèrement, aussi totalement qu’il avait cru : car il faut aussi penser à la misère de cet homme, qui croyait aimer une femme, et qui a cessé de le faire en découvrant son passé, en découvrant la vie de celle-ci quand il n’y avait point encore de part. Ah ! Vraiment ! Le pauvre homme ! Ah ! Le pauvre jouet des préjugés d’une religion archaïque ! Et, j’ose le dire, qu’il est peu français d’exiger d’une femme qu’elle fasse preuve d’une franchise qui la perdrait ! A quelle hypocrisie l’islam contraint-il les musulmans ! Quelle terreur sera désormais la leur de risquer toujours d’être rattrapé par leur passé, avec la complicité de la France ! L’islamisation menace bel et bien notre doux pays, qui est aussi le leur : c’est l’islam du commun des musulmans, pas des terroristes, qui est le véritable danger.
28/05/2008
« Le voyage en Grèce que nous voulions faire ensemble, Esteban et moi, tombe à l’eau. La somme d’argent que devait lui donner le plus gentil de ses frères lui sera finalement versée en deux fois, et trop tard de toute façon… »
Lire la suite : mardi 27 mai 2008.
24/05/2008Quelques menues considérations sur ce qui me pousse à écrire désormais sous mon véritable nom.
Ce texte a déjà été publié une première fois dans ce blogue le 15 août 2006 et une seconde fois le 17 juillet 2007. Comme certains internautes malintentionnés continuent apparemment de signer de mon nom les méchants commentaires qu’ils laissent dans les blogues des uns et des autres, pour nuire à ces derniers tout en me faisant du tort, je me permets de le publier ici une troisième fois. S’il m’arrive encore de laisser des commentaires sur ce site, c’est toujours en étant connecté à mon compte, afin que chacun soit assuré que c’est bien moi qui écris, et non pas un visiteur se faisant passer pour moi. Celui qui signe ses commentaires d’un « olivier-bruley (visiteur) » est donc un faussaire, qui usurpe mon identité. Je prends rarement le temps de lire les articles qui paraissent dans le journal des inscrits ; encore moins celui de lire les commentaires qu’ils inspirent. Je dois dire que la pensée qu’il y a peut-être des dizaines de commentaires orduriers signés de mon nom par d’autres et dont je n’ai pas même connaissance me plonge dans un profond désespoir.
« Le défaut de patronyme les dispense de la consistance. »
Renaud Camus, Vaisseaux Brûlés, 1-3-8-3-1-1-2-1-4-38-1
A quelqu’un qui, tout récemment, dans un petit article qu’il écrivait à mon propos, affectait de ne pas savoir comment user de mon ancien pseudonyme, qu’il mettait très ostensiblement entre guillemets, sans autre but, je pense, que de montrer à ses lecteurs le grand dégoût qu’il avait du sujet qu’il s’était donné et qu’il feignait de ne pouvoir prendre qu’avec des pincettes, j’avais dit que je m’appelais Olivier Bruley, et que, s’il lui était trop pénible de se servir de mon pseudonyme pour me nommer, il pouvait tout simplement m’appeler par mon véritable nom, dont je ne faisais pas mystère. Je lui avais ensuite expliqué que, si j’avais gardé jusque-là ce pseudonyme, sous lequel je fis mes tout premiers pas d’internaute, c’était parce qu’il figurait dans les adresses de mes deux blogues, dont je ne souhaitais pas changer les URL. Mais je m’avise à présent que, si, en effet, je ne peux pas me permettre de changer l’URL du blogue que je tiens ailleurs (et qui est celui auquel je suis le plus attaché), pour toutes sortes de raisons (par exemple, serait-ce seulement par respect pour mes lecteurs, qui sont habitués à me trouver à la même adresse depuis bien longtemps), rien cependant ne s’oppose sérieusement à ce que je donne à mon blogue De Provincia une nouvelle adresse sur G.A., rien ni personne, car les lecteurs que j’ai sur ce site (à quelques notables exceptions près) n’ayant pas pour moi le centième du respect que je leur montre (ne serait-ce qu’en leur donnant à lire des billets de belle tenue et en répondant souvent longuement à leurs sottes manifestations de mauvaise humeur ou à leur trop fréquentes grossièretés) ne sauraient en attendre de moi davantage.
A quelqu’un d’autre, de cuyo nombre no quiero acordarme (et d’ailleurs, comment le pourrais-je ?, puisque je ne connais de lui que son pseudonyme, qui voudrait évoquer un bon gars plein de naturel), espèce de Don Quichotte, mais de la Tranche (car il voulait absolument que j’eusse un avis bien tranché sur certaine question que j’avais eu le malheur de soulever avec les mots d’un autre, derrière lequel je lui semblais me cacher), à cet hildagogo, disais-je, qui n’avait point de monture, mais bien le sang chaud, comme il me demandait, le plus sérieusement du monde, lui, l’anonyme, de prendre personnellement position, j’avais demandé s’il était seulement conscient qu’une telle prise de position de ma part n’aurait de sens qu’à la condition que je parle en mon nom, c’est-à-dire en signant de mon nom. Ce que je ferai donc à partir d’aujourd’hui, dans mon blogue comme dans ceux d’autres membres de G.A., puisque, maintenant que je suis inscrit sur ce site sous ma véritable identité, ce sera mon nom qui apparaîtra automatiquement en signature de tous mes commentaires. Comment, en effet, prétendre assumer publiquement une position sans donner d’abord son nom ? Sans nom, on n’a pas de position, on ne se situe nulle part, aux yeux d’autrui, personne n’étant capable, sans lui, de dire qu’un tel se trouve à tel endroit. Comment donc répondre de ses actes et de ses paroles, si l’on ne peut pas seulement être appelé à répondre. On ne peut répondre qu’en son nom, c’est-à-dire d’abord à son nom, je veux dire : à l’appel de son nom. Sans la garantie qu’est le nom, ce qui est dit ou écrit ne peut guère avoir de valeur.
C’est un lieu commun, dont bien des blogueurs anonymes nous rebattent les oreilles, que de prétendre qu’Internet est un règne de faux-semblants, un pays imaginaire peuplé d’ombres sans consistance, tenant des propos sans portée, sans conséquence sur la vie réelle, sans même aucun rapport avec elle qui, de toute façon, serait ailleurs… Mais c’est s’abuser que de croire cela. Si ces ombres n’ont pas de consistance, c’est uniquement parce qu’elles refusent de porter leurs véritables noms. Tout ce qui existe doit pouvoir être nommé. Nommer les choses, c’est précisément ce que fait Dieu lorsqu’il crée le monde. Le nom de la chose est inséparable de sa perception. C’est un fait assez connu, je crois, que la neige, sous nos latitudes, n’a qu’un nom, alors que les Esquimaux lui en donnent des dizaines. Parce que nous ne parvenons à distinguer qu’une sorte de neige, nous ne lui avons donné qu’un nom. Parce que la neige, ici, n’a qu’un nom, nous ne sommes capables d’en distinguer qu’une sorte. Un homme ne peut choisir soi-même son nom, du moins, là encore, sous nos latitudes. Son nom lui vient de l’extérieur (son père le lui donne), c’est-à-dire du monde, de ce qui existait avant lui, et qui, en le nommant, lui donne une place en son sein. Se nommer soi-même, en se donnant un pseudonyme, comme font tant d’internautes, c’est presque s’anéantir. Prétendre n’être né de rien ni de personne, mais de soi seul, c’est se condamner à ne passer effectivement pour rien ni personne. Parler sous un pseudonyme, c’est-à-dire sous un faux nom, revient à ne rien dire. Sous un faux nom, point de parole qui tienne, comme est sans valeur la fausse monnaie. Et pourtant, la fausse monnaie circule et s’échange. La fausseté de la fausse monnaie est bien réelle. Comme sont bien réelles et ont des patronymes toutes ces ombres dissimulées derrières de faux noms. Internet est sans doute, en effet, un règne de faux-semblants, mais ces faux-semblants sont bien réels, eux. Il sont le fait des internautes, qui, chair et os, existent nécessairement, pour pouvoir projeter leurs ombres sur la toile. Il y a, depuis peu, sur la page d’accueil de ce site, la photo d’un jeune homme à qui un grand malheur est arrivé. C’est bien son nom qu’on lit sous la photo, non pas un pseudonyme. Il n’était pas qu’une ombre. A toute ombre est attaché un corps plein de vie, de véritable vie. La preuve en est que cette vie peut cesser à tout moment. 22/05/2008
« Ma mère et moi sommes allés signer cet après-midi le compromis de vente de la maison qui me plaisait tant. Finalement, comme il y a quatre ans pour cet appartement, la maison que nous nous apprêtons à acheter est la première que nous ayons visitée, et qui m’a plu tout de suite. Aucune de celles que nous avons vues par la suite n’était plus à mon goût… »
Lire la suite : jeudi 22 mai 2008.
20/05/2008 Les étrangers sans papiers sont tellement harcelés par la police et contraints à une telle clandestinité qu’ils en sont réduits à laisser les caméras de télévision les filmer en train d’installer de grandes banderoles signalant leur présence dans les restaurants qu’ils occupent pour y faire grève ! Ils montrent à la France entière dans quels endroits ils se sont cachés, et la police est si efficace à les poursuivre, le politique si décidé à faire expulser ces hors-la-loi, que ceux-ci se trouvent toujours parfaitement cachés à la vue de tous ! Finalement, les restaurants, comme les ‘‘cités’’, sont des zones de non droit : la police n’ose plus s’y rendre !
Le Petit Pédophile
Il me semble que c’est l’occasion de publier de nouveau sur ce site mon conte du Petit Pédophile, légèrement remanié depuis sa première parution, ici même, il y a quelques années. Contrairement à ce que peut laisser croire le titre, il n’est pas beaucoup question de pédophilie dans ce rapide petit conte. Lorsque je l’ai imaginé, je voulais seulement écrire une histoire d’amour rendue impossible par la bêtise humaine. Je voulais mettre en scène deux innocents foudroyés par elle. Ces histoires d’amour-là sont souvent les plus belles. Il y aura toujours, sous toutes les latitudes, des lois, ou, tout simplement, des hommes, pour contrarier certaines amours. Mais il y a du bon dans les lois. Et s’il existe de mauvaises lois, c’est le devoir de tout homme que de s’y soumettre tout en s’efforçant de les changer. C’est pourquoi, après avoir lu les arguments des uns et des autres, dans le débat passionné qui a cours en ce moment même sur ce site, je me range du côté des censeurs. Si le maître des lieux estime qu’il pourrait être ennuyé par la justice à cause d’une photo parue dans l’un des blogues publiés sur son site, il me semble que sa censure est légitime. Moi-même, j’ai souvent censuré, dans mon propre blogue, des commentateurs qui m’injuriaient ou me diffamaient. J’estime que c’était mon bon droit, comme c’est celui du webmestre de GA. Il n’en demeure pas moins que la légitime censure de ce dernier a servi de prétexte au déchaînement de la bêtise humaine, qui est partout, même chez les ‘‘pédés’’. Mais on n’ose plus trop les appeler des ‘‘pédés’’, puisque c’est précisément la pédérastie qui est considérée par eux, en ce moment sur GA, et plutôt d’un mauvais œil. D’un si mauvais œil, même, que beaucoup n’hésitent pas à l’assimiler à de la pédophilie ! Bien sûr, comme l’antiracisme, l’‘‘antipédophilisme’’ est parfaitement fondé. Mais il devient condamnable lorsqu’il se transforme en une espèce d’hystérie collective, laquelle, s’aveuglant, se met à voir la pédophilie où elle n’est pas, c’est-à-dire dans la pédérastie, ce vice de pauvres innocents, dont le crime est d’aimer, non pas des hommes, mais des garçons (je ne dis pas des petits garçons, bien sûr !). Quand même la pédérastie serait condamnable, ce que je ne crois pas, l’honnêteté intellectuelle voudrait qu’on ne la confonde pas avec la pédophilie, qui, elle, me paraît être en effet très condamnable. Mais l’hystérie collective ne connaît pas l’honnêteté intellectuelle, puisqu’elle n’est pas intelligente. C’est le même type de confusion qu’on a vu se faire depuis hier sur ce site, c’est la même sorte de bêtise, de malveillance, qui foudroient mes deux personnages. Quand tout le monde est devenu suspect et que l’hystérie collective ne trouve plus personne à incorporer à son délire, il reste à cette dernière de dévorer les victimes elles-mêmes et la boucle est bouclée, l’hystérie est totale. C’est ce qui se produit dans mon conte et qui, je crois, n’est pas encore arrivé dans la réalité. Mes deux personnages savent qu’il n’est permis de tenir qu’un certain discours au sujet de la pédophilie, mais ils ne comprennent pas ce discours ni ce qui le fonde. Leur ignorance les amène à se prendre eux-mêmes pour des pédophiles, parce qu’enfants, ils aiment d’autres enfants, et qu’ils ont entendu leurs parents condamner l’amour pour des enfants. Leur jeune esprit est obnubilé par l’interdiction faite sans cesse et partout : ils n’ont pas compris que cette interdiction n’était pas faite aux enfants eux-mêmes, qui ont le droit de s’aimer entre eux (c’est du moins ce que je veux croire…).
Il était une fois un petit garçon qui s’appelait Eugène. Eugène avait un terrible secret : il était pédophile. Chez lui, pendant le dîner, à l’heure du journal télévisé, ses parents parlaient souvent des pédophiles. « On devrait tout leur couper, à ces monstres », disait alors son père, entre deux gorgées de vin rouge. « Leur couper quoi ? », avait un jour demandé le petit garçon. « Leur couper le robinet, mon enfant, avait répondu sa mère. – Mais pourquoi donc ? Pourquoi le leur couper ? – Pour qu’ils ne puissent plus s’en servir. – Mais qu’ont-ils fait de mal, les pédophiles, pour mériter cela ? – De très vilaines choses. Les pédophiles font de très vilaines choses aux petits enfants comme toi. Ils mériteraient qu’on les tue tous. Mais ce serait un sort encore trop doux pour eux, comprends-tu ? – Oui, je comprends », avait répondu l’enfant sans comprendre.
Eugène avait pris conscience qu’il était un petit pédophile le jour de la rentrée scolaire. Il y avait en effet dans sa classe une nouvelle élève, une très jolie petite fille, plus belle que toutes les autres fillettes de l’école, avec laquelle, dès le premier jour, il avait eu envie de faire de très vilaines choses. Passer la main dans ses cheveux, regarder sous sa robe, se voir dans ses yeux, renifler son cou, l’embrasser. Mais comme la petite fille était une enfant, comme lui, et qu’il avait envie de faire avec elle des choses plus vilaines encore, se rappelant les paroles de sa mère, Eugène avait dû se rendre à l’évidence : il était pédophile.
Cette terrible découverte l’avait plongé dans le plus grand désespoir qui soit, le désespoir d’un tout petit enfant. C’était comme lorsqu’il commençait à se noyer dans le grand bassin de la piscine municipale : ses pieds ne pouvaient s’appuyer sur rien, tant l’eau était profonde, et le bord était beaucoup trop haut pour que ses mains l’atteignent. Eugène avait essayé de se sortir la petite fille de la tête, de l’oublier, mais en vain. Il était bien trop amoureux pour cela. Pas une minute ne se passait sans qu’il eût son beau petit visage à l’esprit. La crainte qu’on devinât la vérité empêchait Eugène de dormir. Il était le plus malheureux des petits garçons. S’il était découvert, songeait-il, son père couperait sûrement le robinet de la maison, l’y enfermerait et partirait vivre ailleurs avec sa mère, très loin de lui. Et il mourrait de soif, à petit feu, tout seul. Parce qu’une mort rapide, c’était encore trop doux pour les pédophiles, sa mère l’avait bien dit. Cette effrayante pensée lui donnait souvent de grandes envies de pleurer. Mais Eugène se retenait de verser la moindre larme, pour garder en lui le plus d’eau possible, au cas où, l’ayant découvert, son père déciderait de lui couper le robinet.
Plus le temps passait et plus le secret d’Eugène était lourd à porter. Un jour, ne pouvant plus le garder pour lui, il eut un irrépressible besoin de se confier. Mais à qui parler ? La personne qui, pensa-t-il, écouterait avec le plus de douceur son épouvantable confidence, c’était l’adorable petite fille dont il était amoureux, cause de son malheur. Eugène rassembla donc tout son courage et l’alla voir au milieu de la cour. « Louise, lui dit-il, Louise, il faut que je te dise un secret. Je suis pédophile. » Que n’avait-il dit qu’il était amoureux, amoureux d’elle ? Hélas, ce qu’Eugène avait à confier, c’était la honte qu’il ressentait à aimer, non la joie d’être épris. « Mais pourquoi dis-tu cela, lui avait demandé le petite fille ? – Parce que je voudrais faire des choses interdites avec toi, des choses très vilaines et très sales. »
Bien sûr, la petite fille avait entendu parler elle aussi des pédophiles à sa maison. Elle savait bien qu’il lui fallait s’en méfier comme du méchant loup de la forêt. Un jour, pour l’effrayer, son père lui avait même dit, rubicond, que les pédophiles étaient des gens plus dangereux encore que les gitans, réputés voleurs de poules et d’enfants dans le pays. « N’as-tu pas honte de me dire cela ? poursuivit la fillette. Sais-tu ce qu’on leur fait, aux pédophiles comme toi ? – Oui, répondit Eugène, on leur coupe l’eau et on les laisse mourir de soif. »
Louise ne s’était certes pas attendue à une telle réponse. Mais comme elle ne voulait pas paraître ignorante à un petit garçon qui en savait manifestement plus qu’elle, elle lui cria méchamment, en prenant un air entendu : « Parfaitement ! On ne leur laisse plus une seule goutte d’eau à boire, aux gens comme toi ! »
Rapidement, toute l’école sut qu’Eugène était pédophile. Et de la bouche de Louise, tout le monde apprit vite le châtiment réservé d’habitude à cette sale engeance. Eugène n’eut donc plus le droit de boire pendant les repas, à la cantine. S’il osait tendre la main vers le pichet d’eau de sa table, on lui jetait aussitôt à la figure des morceaux de pain et des pots de yaourt. S’il allait au petit coin, d’autres enfants l’accompagnaient, pour l’empêcher de boire aux robinets. Parfois, on lui crachait dessus en disant : « Tiens ! Bois ça ! », et tout le monde riait du rire les plus méchant qui soit : le rire des enfants qui se moquent.
Quand arrivèrent les vacances, Eugène fut à peine soulagé. Car si les mauvais traitements dont il était victime à l’école cessaient pour un temps, le risque d’être découvert par ses parents le terrifiait toujours autant. Son père l’envoya passer les vacances chez une tante, dans un village du pays. Eugène y fit la connaissance d’un petit garçon de son âge, qui vivait dans la ferme voisine. Par sa beauté, cet enfant ressemblait beaucoup à la petite Louise. Il avait les mêmes cheveux blonds, le même regard d’argent, les mêmes lèvres humides. Eugène reporta sur Louis l’amour qu’il avait eu jusqu’alors pour Louise, et s’en désespéra plus encore : il était toujours pédophile, constatait-il, et de la pire espèce, puisque après avoir été amoureux d’une petite fille, il s’éprenait à présent d’un petit garçon comme lui.
De son côté, Louis n’était pas insensible au charme tourmenté du petit vacancier. Si bien que lorsque Eugène voulut faire avec lui de vilaines choses, il le laissa faire. Les deux enfants s’isolèrent, se frôlèrent, s’embrassèrent et firent d’autres choses encore, trop vilaines et trop sales pour être dites.
Mais après avoir commis son forfait, Eugène fut pris d’un terrible remord. Une fois de plus, il éprouva le besoin de se confier. Mais à qui parler, sinon au petit Louis, sa victime ? « Louis, lui dit-il, Louis, il faut que je te dise mon secret. Je suis pédophile. Ce que je t’ai fait est très mal. C’est un très grand crime. Je viens de te violer. » Louis devint tout pâle. Ses yeux s’emplirent de terreur. « Mon Dieu ! Que m’est-il arrivé ? Je vais être un pédophile, moi aussi, comme toi, car je crois que j’ai aimé ce que tu m’as fait. Ma sœur m’avait bien dit que les pédophiles étaient ce qu’ils sont pour avoir été violés dans leur enfance ! » Et il éclata en sanglots. « Louis ! Ne verse surtout pas de larmes ! Ne sais-tu donc pas ce qu’on fait aux pédophiles, quand on les attrape ? – Mais non ! Que leur fait-on ? – On leur coupe le robinet, jusqu’à ce qu’ils meurent de soif. Economise tes larmes. C’est de l’eau. Tu pourrais en avoir besoin, si jamais tu étais découvert. »
Que le sort est mauvais farceur. C’est un cruel, qui s’amuse du malheur des petits enfants. La famille de Louis était pauvre et ne payait pas toujours les nombreuses factures. Le lendemain de ce funeste échange, un homme vint couper l’eau de la ferme. Le petit Louis en fut foudroyé. A cause de lui, crut-il, toute sa famille allait mourir de soif. Cette pensée lui fut intolérable. Le soir venu, il trouva la corde à sauter de sa sœur au pied d’un arbre, fit un nœud à son cou et se pendit à la plus haute branche.
Le lendemain matin, à l’annonce de cette mort, Eugène se crut perdu. Si Louis avait été découvert, il le serait aussi. Il décida de fuir. Où aller ? Dans la forêt toute proche. Eugène se cacha donc et attendit le soir. La nuit finit par tomber. C’était la pleine lune. Eugène sortit de sa cachette, passa devant la ferme de Louis, aperçut l’arbre et la corde qui pendait encore à la branche, puis entra dans la forêt pour s’y perdre. L’endroit était terrifiant, plein du bruit des chouettes, des sangliers affamés et des méchants loups. En marchant, Eugène pensait à Louis. Il se disait qu’il aurait eu sûrement un peu moins peur, si son ami, au lieu de se tuer, l’avait accompagné. Il avait une très grande envie de pleurer. Mais il se retenait, au cas où il serait pris et privé d’eau.
Soudain, il n’y eut plus d’arbres. Eugène se retrouva devant une immense étendue scintillante, dans laquelle se reflétait la lune. « Toute cette eau ! pensa-t-il. Tu ne serais jamais mort de soif, Louis, ni ta famille, si vous aviez trouvé ce réservoir. Il y en a autant que j’ai de larmes coincées dans ma gorge. Je peux pleurer maintenant. » Et il laissa ses sanglots s’ajouter à cette eau qui s’étendait devant lui. Quand il n’eut plus de larmes, Eugène ôta ses vêtements, les plia, puis entra dans la masse liquide. A peine eut-il fait deux pas qu’il avait déjà de l’eau jusqu’au cou. A quoi bon nager ? « Je vais boire maintenant, boire, se dit-il, boire… » Il fit encore un pas et disparut sous la surface.
17/05/2008
Question sur la compatibilité entre le droit de grève et le devoir de réserve des fonctionnaires
En réalité, mon ignorance en toutes choses est infinie. C’est pourquoi je me permets de poser aux membres de ce site, qui ont généralement réponse à tout, une question qui, sans doute, paraîtra tendancieuse à plus d’un, mais qui, quand bien même elle le serait, n’en appelle pas moins une réponse éclairée de ceux qui sont plus savants que moi en la matière (matière que je serais bien incapable de nommer, ne sachant pas de laquelle ma question relève (peut-être du droit) ; c’est dire si mon inculture est vaste). Jeudi dernier, les fonctionnaires faisaient grève. Parmi eux, les professeurs manifestaient leur opposition à la réduction des effectifs d’enseignants, comme on les appelle, mais aussi, paraît-il, à la réforme des programmes scolaires voulue par le ministre de l’Education. Si je puis comprendre que des professeurs, qui sont aussi des travailleurs, fassent grève pour défendre de bonnes conditions de travail, qu’une réduction des effectifs viendrait sans doute dégrader, je me demande si leur opposition déclarée à une réforme des programmes n’est pas incompatible avec le devoir de réserve auquel ils sont censés être soumis en tant que fonctionnaires. Même si la réforme desdits programmes les concerne en tant que citoyens, et sans doute aussi en tant qu’experts en la matière, leur condition de fonctionnaires ne les oblige-t-elle pas, en principe, à plus de réserve quant à la politique qu’entend mener leur ministre de tutelle, tant qu’elle ne touche pas aux conditions et à la rémunération de leur travail ? Bien sûr, on pourrait m’objecter qu’une réforme des programmes peut avoir des conséquences fâcheuses sur les conditions de travail des professeurs, si, par exemple, les effectifs de ceux-ci diminuent quand croissent les contenus de ceux-là : la masse et le temps de travail des professeurs pourraient s’en trouver accrus d’autant (ceux des élèves également d’ailleurs, mais ce n’est pas encore pour de telles raisons qu’on les voit eux aussi faire grève à l’occasion !). Il n’en demeure pas moins que les professeurs me semblent être soumis au devoir de réserve sur le contenu des programmes. Ma question est donc la suivante : qui l’emporte sur l’autre, du droit de grève et du devoir de réserve des fonctionnaires, étant entendu que les fonctionnaires ne sont pas tout à fait des travailleurs comme les autres, en cela qu’ils ont plus de devoirs que les simples travailleurs, ne serait-ce que parce qu’ils ont celui de réserve. (Il est vrai que les autres travailleurs sont eux aussi souvent contraints à une certaine réserve, mais ce n’est pas tant par devoir que par la grande conscience qu’ils ont de la dure réalité du monde du travail hors celui de la fonction publique et de la précarité de leurs situations dans un tel monde.) Dans quelle mesure, donc, chers membres de ce site, droit de grève et devoir de réserve des fonctionnaires vous semblent-ils compatibles ?
14/05/2008
« ‘‘O chienne Pélagie, publiais-je à l’instant dans mon blogue, Toi qui fus la vigie / De nos brèves amours, / Approche ton pelage, / Que je respire autour / Un peu de son passage…’’, ce que lisant, Pierre Driout, mon commentateur le plus assidu, et qui sait comment soigner les accès de lyrisme, s’est empressé de me demander si mon amour sentait le chien mouillé… »
Lire la suite : mardi 13 mai 2008.
13/05/2008
O chienne Pélagie,
Toi qui fus la vigie
De nos brèves amours,
Approche ton pelage,
Que je respire autour
Un peu de son passage…
12/05/2008
« Il est si pur qu’il n’a pas seulement conscience de mal agir envers moi. Et je suis si vil que je le laisse faire… »
Lire la suite : dimanche 11 mai 2008.
10/05/2008 L’un des skateurs qui fréquentent la boutique de Fred, l’ancien amoureux de ma sœur, avait ceint ses cheveux d’un lien de cuir noir. Il avait l’air d’un Grec ou d’un indien. Puis il a mis des lunettes d’aviateur. On l’aurait cru sorti tout droit d’un film de Gus Van Sant. Il est végétarien. Deux de ses compagnons avaient acheté du saucisson. Ils l’invitaient à en manger en lui précisant qu’ils avaient pris soin d’en prendre aux noix !
Suis tombé par hasard sur Matio en garant ma voiture dans la rue Montluc. Sommes allés boire quelques bières ensemble. Et c’est tout.
08/05/2008
« Il est donc grand temps que je déménage. C’est pourquoi mon appartement est officiellement à vendre depuis aujourd’hui. Ma mère et moi, nous avons l’intention d’acheter un nouveau logement ensemble, que j’habiterais seul, évidemment, mais dont nous paierions chacun la moitié du prix… »
Lire la suite : mercredi 7 mai 2008.
07/05/2008
« Ah mon Dieu quelle journée ! Les chiennes Sappho et Pélagie, pendant que ma mère et une sienne amie les promenaient, ont été attaquées par une espèce de molosse qui avait réussi à s’échapper du jardin qu’il gardait au moment où ces dames passaient devant. Ma chienne n’a pas vraiment été mordue, même si elle m’est revenue trempée de la salive du molosse. Par contre, Sappho ne s’en est pas si bien tirée… »
Lire la suite : mardi 6 mai 2008.
04/05/2008
Odi et amo
(Satire)
Même si je sais que la tentation est souvent grande, quand on aime vraiment, de faire connaître au monde l’intensité de son amour, je suis de ceux qui pensent qu’il est sans doute plus prudent de le garder secret en le cachant aux regards des envieux. Les anciens craignaient de proclamer leur bonheur, de peur d’attirer sur eux le mauvais œil. Ainsi Catulle, après avoir dénombré les centaines et les milliers de baisers qu’il veut prendre à Lesbie, s’empresse d’ajouter : Dein, cum milia multa fecerimus, / Conturbabimus illa, ne sciamus, / Aut ne quis malus invidere possit, / cum tantum sciat esse basiorum (Carmina, 5). Car si quelqu’un venait à connaître le nombre de baisers échangés, il pourrait en être jaloux et jeter un mauvais sort aux deux amants. Dans une satire écrite il y a déjà longtemps contre les prétentions des homosexuels au mariage entre personnes du même sexe, j’écrivais Que je trouve plus douce une amour anonyme. / Je ne dis ma passion qu’à l’objet ou la rime. / Les noms des amoureux ne sont qu’aux deux amants. / Ceux qui s’aiment dans l’ombre aiment plus ardemment. Et j’ajoutais : Les ardentes amours ne souffrent de témoins. / L’on ne voit s’épouser que ceux qui s’aiment moins. / Afin qu’aussitôt né notre amour ne se meure, / Soyons chacun pour l’autre une vive demeure / Que ne fonde et n’élève aucun de ces serments / Par lesquels, au grand jour, on s’abuse et se ment. / C’est d’eau fraîche et d’air pur que l’amour se façonne. / Ne laissons regarder notre flamme à personne / Qu’au soleil qui voit tout et par qui tout reluit, / Et qu’à sa pâle sœur quand se couche icelui. Mais l’amour est une chose ; les amourettes en sont une autre. Et s’il est imprudent de révéler son amour, parler de ses amourettes est en principe sans danger. C’est ce que je veux faire aujourd’hui, pour me défendre contre une attaque qui, d’ailleurs, n’en est sans doute pas vraiment une dans l’esprit de celui qui la mène, mais qu’il me faut bien affecter de prendre pour telle, si je veux me donner la peine d’écrire cette défense en forme de satire ! Qu’importe d’ailleurs que celui auquel je songe ne s’en soit pas bien méchamment pris à moi ! Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ! Et l’on en trouverait aisément cent autres, plus enragés, qui pensent comme lui. Car ce que je disais à l’instant, qu’il est sans danger de parler de ses amourettes, n’est peut-être pas si vrai que je l’avais cru. Certaines amours, en effet, aux yeux de certains censeurs, sont des plus coupables. Comme Catulle avait le sien, j’ai, depuis peu, trouvé mon Juventius. Je veux que chacun sache, chantais-je tout récemment, Que non loin de Bidache / J’ai trouvé mon mignon. / C’est sur les verts rivages / D’un plus proche Lignon / Qu’il passe son jeune âge. Il n’a que dix-sept ans et c’est là tout mon crime : avoir commerce avec un garçon que je pourrais avoir engendré, si j’avais été père dès quinze ans, ce qui aurait fort bien pu m’arriver, car je me rappelle très bien qu’à cet âge, j’étais en effet tout à fait capable de devenir père. Mais mon jeune ami, qui a deux ans de plus que j’avais à l’époque où je l’aurais engendré si j’avais été son père, et qui est donc bien en âge, lui aussi, d’être père à son tour (je puis d’ailleurs en témoigner, pour avoir vu cette puissance croître sous mes yeux, pour l’avoir même tenue dans ma main jusqu’à ce qu’y coule la semence !), ce garçon qui est donc biologiquement un homme et qui pourrait être déjà père s’il était imprudent, et s’il aimait les femmes, ce qui n’est pas le cas, n’a pas le droit, du moins aux yeux de certains, de se laisser connaître de qui bon lui semble, et surtout pas de quelqu’un qui serait en âge d’être son père. A Rome, on devenait homme à dix-sept ans, en tondant sa première barbe et revêtant la toge virile. En France, on est encore un enfant. Il est interdit aux pères, réels ou potentiels, d’aimer les fils : ce serait sans doute quelque chose comme de l’inceste. Mais précisément, j’ai toujours ressenti l’homosexualité comme une forme d’inceste, mais un inceste qu’il faut prendre en un sens évidemment très large. Et si l’homosexualité est presque universellement condamnée, c’est sans doute, il me semble, au même titre que l’est l’inceste. Mon censeur et néanmoins homosexuel me reproche de m’amouracher d’un garçon qui, beaucoup plus jeune que moi, ne peut être mon égal. A l’entendre, en effet, il y aurait trop de différences entre nous, d’âge, de connaissance de la vie et des sentiments, du corps ou du sexe, pour que nous puissions vraiment avoir ensemble une relation saine. Mais justement, on n’est le semblable, on n’est l’égal que de son frère. On ne l’est pas même de sa sœur. Et s’il y a égalité entre l’homme et la femme, dans les amours hétérosexuelles, il ne peut s’agir que d’une égalité de convention. C’est cette égalité entre les deux amants homosexuels qui me fait dire que leur amour est une forme d’inceste, parce qu’elle rappelle celle qui règne entre les frères. Or déplacer la condamnation de l’inceste du frère pour le frère à celui du père pour le fils, c’est faire preuve, il me semble, d’une forme de cette homophobie que déplorent tant les homosexuels, qui voient le mal partout, et dont il est pourtant apparemment bien vrai que même eux ne sont pas toujours exempts. « On n’a pas de rapports sexuels avec un garçon que l’on forme », décrète mon censeur (persuadé que je pratique l’amour grec au sens le plus pédagogique du terme !), ce à quoi je ne suis pas loin de souscrire moi-même. Mais je ne puis m’empêcher de lui poser tout de même cette question : est-il permis de former le garçon avec qui l’on a des rapports sexuels ? Car enfin, ce n’est pas du tout la même chose. La chronologie des événements n’est pas la même. Dans un cas, le professeur, par exemple, qui voudrait coucher avec son élève, pourrait être soupçonné d’abuser de son autorité. Dans l’autre, l’amant profiterait de la séduction qu’il exerce sur son jeune ami pour lui donner plus que du plaisir, pour lui donner le désir d’apprendre. « On n’a pas de rapports sexuels avec le garçon que l’on forme », me répond encore mon censeur. Vraiment ? Même avec le garçon que l’on forme au sexe ? Même avec lui ! « On n’a pas de rapports sexuels avec le garçon que l’on forme », m’est-il invariablement répondu. On, peut-être pas. Mais nous, le garçon dont je suis amouraché et moi, c’est un fait, nous avons bien des rapports sexuels ensemble, ce que faisant, nous nous formons l’un à l’autre. Et nous sommes bien à égalité sur un point : c’est que nous sommes dans une commune inégalité, parce qu’il est plus jeune que moi d’autant d’années que je suis plus vieux que lui, parce qu’il est un mystère pour moi autant que j’en suis un pour lui, parce qu’il m’est aussi étrange que je le lui suis. D’ailleurs, est-il bien certain que l’amour idéal se trouve dans l’égalité, dans l’absence de différences trop marquées, dans la similitude ? Quelle égalité, quelle ressemblance y a-t-il entre un homme et une femme, dont la rencontre est pourtant à l’origine de la majorité des amours ? Il faut se souvenir de l’inégalité fondamentale entre le frère et la sœur, entre cet être qui peut uriner debout contre un arbre et cet autre qui doit le faire accroupi, caché derrière des buissons ; entre cette fille qui perd du sang sans pouvoir choisir le moment de ses pertes et ce garçon qui fait jaillir de la blancheur selon son désir ; entre cette femme, dont les œufs sont comptés, et cet homme, dont la semence semble ne jamais se tarir. N’est-ce pas plutôt cela, la normalité de l’amour : la passion pour cet autre irrémédiablement autre ? La fascination pour cet être radicalement différent, étrange et parfaitement incompréhensible ? Pour cet être qu’on croit connaître depuis toujours et qui demeure inconnaissable ? Mais en ce sens, est-ce que l’amour du père pour le fils, par l’inégalité constitutive que lui reproche mon censeur, n’est pas précisément plus proche de l’amour normal, si vraiment il faut chercher une normalité de l’amour, que ne l’est celui du frère pour le frère, c’est-à-dire pour le même ? « Que non, m’est-il répondu, cela est choquant ! Cela est malsain ! Cet amour est condamnable, parce que le plus vieux est nécessairement suspect de mauvaises intentions. C’est un pervers qui abuse de l’innocence d’adolescents encore duveteux pour s’adonner à leurs dépens à ses honteux penchants, à ses odieuses pulsions. C’est un ogre assoiffé de la jeunesse qu’il n’a plus : comme on voit des sauvages dévorer la cervelle d’ennemis pour augmenter leur esprit de celui des victimes, comme on en voit encore manger des couilles fraîchement tranchées pour accroître leur virilité, de même, l’ogre se nourrit de jeunes gens pour retrouver sa jeunesse perdue. » Qu’il faut mal connaître les hommes pour écrire tellement à leur sujet, c’est-à-dire en dépit de ce qu’ils sont ! La Bruyère dit des enfants qu’ils sont déjà des hommes ! (Ils ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire !) Et mon jeune ami n’est plus un enfant ! Est-il donc si difficile d’imaginer que le plus jeune puisse être lui aussi intéressé, volage, menteur et dissimulé ? Si vraiment l’on tient à ce qu’un des amants soit malintentionné, ne pourrait-ce pas être le moins vieux des deux, qui se servirait de sa grâce et de son apparente innocence pour abuser l’autre, qui serait en position de faiblesse précisément parce qu’il se croirait hors de danger, s’estimant le plus fort ? S’abreuver aux lèvres d’un Juventius n’est pas nécessairement boire à la fontaine de Jouvence, loin s’en faut, car il arrive souvent que par amour, comme on dit, l’on se fasse des cheveux blancs ! Mais soyons optimistes. Croyons en la bonté de l’homme, pour une fois. Bonnes ou mauvaises, je ne saurais le dire, nos pulsions respectives trouvent à s’assouvir entre mon jeune amant et moi. Par un commun accord, nous prenons et rendons ce que nous trouvons à prendre et consentons à donner : Nul ne dérobe à l’autre de baiser, comme fit un jour le pauvre Catulle à Juventius, qui sut bien le lui faire payer, en essuyant ses lèvres de dégoût (cf. Carmina, 99). Mais quand même un seul d’entre nous donnerait un baiser, que l’autre se contenterait de recevoir, ce baiser existerait, il aurait été donné et reçu. Mais certains disent qu’ils trouvent cela malsain. Peut-être est-ce en effet malsain, après tout, mais après ? En attendant de trouver à qui en donner et de qui en recevoir de parfaitement mesuré, faut-il donc se priver de tout baiser, dulci dulcius ambrosia, plus doux que la douce ambroisie ? C’est grâce aux baisers qu’un homme peut se sentir l’égal d’un dieu ! Ille mi par esse deo videtur (Catulle, Carmina, 51). Mais paradoxalement, dans le même temps, contrairement à ce que croit mon censeur, qui voudrait absolument que je cherche à me rajeunir en fréquentant un garçon de dix-sept ans, cette fréquentation me renvoie à ma condition de mortel, me fait sentir le temps qui passe : elle me vieillit. Car pour me rajeunir, encore faudrait-il que je sois vieux ! Bien sûr, je ne nie pas que j’aime aussi la compagnie de mon jeune ami pour ce qu’elle me permet de redevenir en partie l’adolescent que je n’ai d’ailleurs jamais cessé d’être. C’est la phrase de Houellebecq, qui est un peu le pendant de celle de La Bruyère : « Je ne crois pas à cette théorie, écrit-il, selon laquelle on devient réellement adulte à la mort de ses parents ; on ne devient jamais réellement adulte. » (Michel Houellebecq, Plateforme, Flammarion, 2001, page 11) Mais tout en me sentant redevenir adolescent, je ne puis que me voir également plus vieux dans les yeux de mon jeune ami, dans ses oreilles, dans sa bouche. Car nous ne parlons pas la même langue. Nos préoccupations sont différentes. Ayant l’âge de mes élèves, il est en grande partie une illustration de tout ce que je déteste et, comme Catulle, je pourrais dire à mon tour : Odi et amo ! (Carmina, 85) Nous ne sommes pas du même siècle, mon jeune ami et moi. Mais en glissant son corps et son siècle entre mes bras, il m’enseigne son âge tout en me formant au mien. Et contre toute attente, je découvre que j’aime me sentir plus vieux devant lui et que je cherche autant à trouver ma vieillesse qu’à retrouver ma jeunesse entre ses bras. Je hais et j’aime. J’apprends à aimer ce que je déteste. Je suis jeune et vieux près lui. Je hais et j’aime l’être. Je suis père et frère dans ses bras. Il est frère et fils entre les miens. Sans doute, en effet, une telle amourette n’est-elle pas faite pour durer. Mais qu’importe ? Odi et amo. Quare id faciam, fortasse requiris. / Nescio, sed fieri id sentio et j’en suis enchanté ! Et si vraiment cela est malsain, comme dit mon censeur, je vais finir par regretter que le mariage ne nous soit pas permis ! Il nous permettrait de faire passer notre frêle amourette pour une union légitime. Je l’écrivais déjà en conclusion de mon ancienne satire : Et vous verrez qu’un jour ce sera mon devoir / D’épouser ce garçon, et puis de concevoir !
02/05/2008
« Ce qu’Esteban en pense, c’est que pendant ce temps, je ne parle pas de lui dans ce journal, ce que j’ai toujours fait très mal, m’assure-t-il, et non seulement en mal. Il est vrai que je n’ai jamais vraiment su comment parler de lui dans ces pages, parce que, de mes personnages, il est celui que je sais me lire (c’est-à-dire chercher l’erreur) en même temps que j’écris (que je la fais). Autrement dit : c’est un modèle qui se ferait critique d’art pendant le moment même où le tableau se peint… »
Lire la suite : Jeudi 1er mai 2008.
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