Je me pose parfois cette question : suis-je un Français de souche ou bien un Français d’origine étrangère ? Les deux, sans doute : Français de souche par ma mère et Français d’origine étrangère par mon père, dont le père était certes français, mais la mère chinoise. Les racines de ma grand-mère étaient même doubles : chinoises par son père ; vietnamiennes par sa mère. Mais mon grand-père veilla si bien à effacer toute trace de culture étrangère chez lui que mon père, dès l’enfance, oublia jusqu’à sa langue maternelle, qui était le cantonnais. N’était tolérée que la cuisine chinoise, et encore, une mauvaise cuisine, car ma grand-mère, qui n’avait jamais rien fait de ses mains avant d’arriver en France, qui lui parut un pays incroyablement barbare et reculé, avait dû reconstituer empiriquement des gestes et des recettes qui ne lui avaient jamais été enseignés. Si bien que, malgré cette grand-mère chinoise, que j’ai beaucoup aimée et qui n’est plus, depuis la maladie d’Alzheimer, qu’une ombre comme venue de nulle part, je ne me considère pas du tout comme un Français d’origine étrangère, mais comme un Français de souche uniquement. Si mon père eut à subir dans l’enfance la déculturation que lui imposa mon grand-père, moi, c’est une autre déculturation que j’ai subie, comme presque nous tous ici, celle dont parle admirablement Renaud Camus dans le tout dernier éditorial publié sur le site du parti de l’In-nocence, intitulé La Grande Déculturation. Je m’avise maintenant que c’est sans doute à cause de cette déculturation que je me sens si français : non pas français de souche, comme je le croyais, mais français déculturé, c’est-à-dire en grande partie sans racines. C’est par l’inculture que je me sens si proche de tous les autres Français, que je me considère comme eux, même si je m’efforce, avec peine, de me familiariser avec la culture française, celle dont, paradoxalement, le défaut, l’ignorance et le mépris, dans un nouveau plébiscite de tous les jours, sont un signe de reconnaissance pour presque tous les Français. J’invite donc mes lecteurs à lire ce texte assez long pour faire sans doute un « court essai », comme le dit Camus lui-même.
05/01/08 - 18:59
à partir de quelle génération peut-on s'estimer 'de souche ' ? Souche russe paternelle, souche 'belge' maternelle qui se perd dans la nuit des temps, mélange divers d'asiates, de hollandais, d'allemands, de français, de caucasiens, géorgiens et autres, je suis aujourd'hui belge de naissance,né en Afrique, mon père, apatride jusqu'en 1948, ayant opté pour la grande naturalisation. Alors ?
tontonzig