UN JARDIN D’ADONIS

(Hévrèse)

BLOGUE ET SPICILÈGE

Olivier Bruley

05/01/2008

05/01/08 - 18:50

            Je me pose parfois cette question : suis-je un Français de souche ou bien un Français d’origine étrangère ? Les deux, sans doute : Français de souche par ma mère et Français d’origine étrangère par mon père, dont le père était certes français, mais la mère chinoise. Les racines de ma grand-mère étaient même doubles : chinoises par son père ; vietnamiennes par sa mère. Mais mon grand-père veilla si bien à effacer toute trace de culture étrangère chez lui que mon père, dès l’enfance, oublia jusqu’à sa langue maternelle, qui était le cantonnais. N’était tolérée que la cuisine chinoise, et encore, une mauvaise cuisine, car ma grand-mère, qui n’avait jamais rien fait de ses mains avant d’arriver en France, qui lui parut un pays incroyablement barbare et reculé, avait dû reconstituer empiriquement des gestes et des recettes qui ne lui avaient jamais été enseignés. Si bien que, malgré cette grand-mère chinoise, que j’ai beaucoup aimée et qui n’est plus, depuis la maladie d’Alzheimer, qu’une ombre comme venue de nulle part, je ne me considère pas du tout comme un Français d’origine étrangère, mais comme un Français de souche uniquement. Si mon père eut à subir dans l’enfance la déculturation que lui imposa mon grand-père, moi, c’est une autre déculturation que j’ai subie, comme presque nous tous ici, celle dont parle admirablement Renaud Camus dans le tout dernier éditorial publié sur le site du parti de l’In-nocence, intitulé La Grande Déculturation. Je m’avise maintenant que c’est sans doute à cause de cette déculturation que je me sens si français : non pas français de souche, comme je le croyais, mais français déculturé, c’est-à-dire en grande partie sans racines. C’est par l’inculture que je me sens si proche de tous les autres Français, que je me considère comme eux, même si je m’efforce, avec peine, de me familiariser avec la culture française, celle dont, paradoxalement, le défaut, l’ignorance et le mépris, dans un nouveau plébiscite de tous les jours, sont un signe de reconnaissance pour presque tous les Français. J’invite donc mes lecteurs à lire ce texte assez long pour faire sans doute un « court essai », comme le dit Camus lui-même.


commentaires

05/01/08 - 18:59

à partir de quelle génération peut-on s'estimer 'de souche ' ? Souche russe paternelle, souche 'belge' maternelle qui se perd dans la nuit des temps, mélange divers d'asiates, de hollandais, d'allemands, de français, de caucasiens, géorgiens et autres, je suis aujourd'hui belge de naissance,né en Afrique, mon père, apatride jusqu'en 1948, ayant opté pour la grande naturalisation. Alors ?

05/01/08 - 19:05

Je serais tenté de vous répondre que l'on peut se sentir "de souche" à partir du moment où l'on se sent "de souche", comme c'est mon cas !

05/01/08 - 19:15

se sentir ? vaste champ de réflexion ? je suis belge mais ne m'en sent pas de souche ? par contre, je me sens de souche française et russe ? Si je m'appuie sur la branche maternelle, j'appartiens à ces terres ardennaises qui tournaient dans l'orbite impériale germanique et pourtant l'on y parlait le français ! si je m'appuie ssur la russe, l'on y était éduqué en russe, français et allemand et, en plus, vu les influences asiatiques, en géorgiens ou caucasiens divers ! C'est très compliqué , tout cela ! Difficile à cerner et difficile à expliquer !

05/01/08 - 19:24

Je me suis mal exprimé. A l’évidence, on est français de souche quand on a tous ses ascendants ou bien seulement une partie de ses ascendants, comme c’est mon cas, français de souche. Mais on peut se sentir uniquement français de souche à partir du moment où l’on se sent uniquement tel, c’est-à-dire quand la part étrangère de ses origines ne relève absolument pas de ce qu’on estime être son identité. Je sais bien que l’expression « français de souche » est généralement mal vue par l’antiracisme dogmatique, comme l’appelle Renaud Camus, mais enfin, l’expression « français d’origine étrangère » devrait l’être tout autant, dans ce cas, l’origine étrangère pouvant être aussi bien nommée une souche étrangère. Y a-t-il des souches, oui ou non ? Venons-nous de quelque part ou de nulle part. Pourquoi me demander à partir de quelle génération l’on peut se sentir ‘‘de souche’’ ? Pourquoi n’est-ce pas plutôt le fait d’être d’origine étrangère qui vous semble discutable ? Si l’on admet qu’il y a des origines étrangères, c’est donc bien qu’il peut y avoir des Français indigènes, j’ose à peine l’écrire !

05/01/08 - 19:27

Mon second commentaire a été écrit sans lire le second vôtre ! Je veux bien croire que dans votre histoire personnelle, tout cela soit très complexe, bien sûr, mais dans la mienne, c'est très simple.

05/01/08 - 19:56

Français de souche ? Je le suis peut être et je le regrette parfois. J'ai toujours révé d'avoir d'autres origines. Certes, du sang basque coule dans mes veines et le basque n'est pas français. Et puis, la vraie France s'étend uniquement sur les bords de Seine et de Loire. Le reste (Bretagne, Normandie,..., Provence, Corse) n'est que rajout historique.

Chacun doit avoir des racines, mais les racines qui tiennent l'arbre sont cachées. Etre Français, c'est un simple statut administratif et pour certains, dont je suis, plutôt un état d'esprit (culture, tolérance, rebellion, droit de l'homme, ...) bien deshonoré par nos gouvernants.

Soyons plutôt Humain que Français.

Mais, mon propos est peut être sans intérêt n'ayant pas autant lu que l'honorable rédacteur d'origine !

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