Hier, dans une émission de télévision intitulée Revu et corrigé, animée par Paul Amar (cf., sur cette page, la deuxième vidéo), vu ce pauvre Eric Zemmour, qui tentait de se défendre, comme il pouvait, c’est-à-dire en vain, puisqu’il ne pouvait plus rien, étant déjà reconnu coupable : on l’accusait en effet d’avoir écrit un roman, ce qu’il ne niait pas ; c’était même toute sa défense : c’est vous dire si son affaire était mal engagée… Le roman d’Eric Zemmour, Petit frère, que je n’ai pas lu, je le précise tout de suite (il est sûrement mauvais, puisqu’un journaliste l’a écrit !), est inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé en 2006 : l’assassinat d’un jeune juif du nom de Sébastien Sélam. C’est parce qu’Eric Zemmour a romancé la véritable histoire, ce qui a fort choqué la famille de la victime, qu’une plainte a été déposée contre lui pour diffamation, atteinte à la vie privée et même pour violation du secret de l’instruction, parce que l’affaire, qui avait été conclue par un non lieu, l’assassin ayant été jugé irresponsable, doit être réexaminée prochainement. Dans une interview, la mère de la victime dit, crie cela : « Il [Zemmour] n’avait pas à écrire le livre, je n’étais pas au courant ! » L’écrivain (bon ou mauvais, je ne sais) a beau dire qu’il n’a pas à demander la permission d’écrire ce qui n’est pas une biographie (le récit d’une véritable vie) mais bien un roman, c’est-à-dire, en l’occurrence, une œuvre de fiction, fruit de son imagination, rien n’y fait : on ne l’entend pas. L’avocat de la famille de la victime dit lui-même, citant, pour fonder son accusation, Laurent Ruquier, animateur d’une autre émission, qui l’avait demandé à Zemmour : « De quel fait divers vous êtes vous inspiré ? » (c’est moi qui souligne). A quoi Zemmour avait répondu, et c’est un aveu, selon l’avocat : « de Sébastien Sélam ». Pourtant, le fait même que l’avocat ait repris le mot de Ruquier et parle d’inspiration prouve, à mon avis, qu’il est sourd et ne sait absolument pas ce qu’il dit ni de quoi il parle. Loin de fonder son accusation, il me semble en effet que ce mot la démolit au contraire. Si l’auteur s’est seulement inspiré de faits réels, c’est donc bien que son œuvre relève de la fiction. En quoi, dans ce cas, peut-elle être diffamatoire et attentatoire à la vie privée ? Mais l’avocat veut qu’elle le soit. « Non, dit-il, Sébastien Sélam n’est pas celui qui fait des coucheries, sa mère n’est pas une maquerelle, son frère n’est pas cet obsédé de films pornographiques, sa belle-sœur n’est pas cette fille qui lui fait des choses dans la voiture, etc. » Mais que les personnes réelles ne soient pas les personnages, n’est-ce pas précisément reconnaître que la fiction n’est pas la réalité ? C’est la défense qu’adopte Zemmour. « J’ai eu l’honnêteté de dire que je m’étais inspiré de Sébastien Sélam, ça ne veut pas dire que je l’ai copié, que j’ai écrit une biographie. Je n’ai pas d’autorisation à demander. J’ai écrit un roman dans lequel j’ai réinventé. Monsieur [l’avocat] se fixe sur des choses que j’ai inventées. » Il donne alors un exemple : « On me reproche d’avoir sali la mémoire du grand-père. Mais je ne le connais pas ! C’est de mon propre grand-père que je me suis inspiré. » Est également reprochée à Zemmour la dureté de son style, de son écriture comme dit Amar (Céline a même été évoqué ; Zemmour l’a pris pour un compliment, l’inconscient : mais Amar s’est bien évidemment empressé de lui rappeler que Céline était un antisémite, tout de même, comme si personne en France pouvait l’oublier : c’est même tout ce qu’on sait de lui !). En réalité, comme le fait remarquer l’auteur du roman, c’est plutôt la dureté des dialogues qui lui est reprochée, la dureté des paroles des personnages, donc (leur réalisme, en somme), qui n’est pas la parole de l’auteur… Mais Paul Amar, qui ne fait pas la différence entre l’auteur et le narrateur (« ça, c’est vous qui le dites, c’est l’auteur », dit-il en lisant un passage du livre), ne doit pas savoir qu’un personnage, pas plus que le narrateur, n’est son auteur, même si, comme Zemmour le dit très justement, l’auteur met un peu ou même beaucoup de lui dans tous les personnages (c’est la fameuse phrase de Flaubert sur Madame Bovary). « Il y a un contraste énorme, dit Paul Amar à Zemmour, entre la pertinence de vos analyses politiques de journaliste et cette écriture que vous nous proposez, vos personnages un peu glauques, peut-être à l’image de cet environnement que vous décrivez, mais qui contrastent singulièrement avec ce que vous dégagez quand vous parlez de politique. » Voilà qui est bien singulier, en effet. On croit généralement que les journalistes sont des ‘‘littéraires’’. Pourtant, en entendant de telles paroles, je ne puis m’empêcher de penser qu’il y a bien de quoi en douter ! La preuve : quand Zemmour se réfère à Balzac, à Stendhal, à Flaubert (pour les faits divers inspirant la littérature), Paul Amar a ce mot d’une bêtise proprement abyssale : « Arrêtez de citer Proust, Bovary, Balzac, etc. : ils ne sont pas là pour vous répondre. » Il est donc question de littérature, mais on ne peut pas citer les auteurs qui font autorité. C’est un peu comme si l’on reprochait à un prêtre de citer Jésus ! Lui non plus n’est pas là pour nous répondre ! Ou pire : imaginez un peu qu’il se réfère à Dieu, le père. On n’est même pas sûr qu’il existe ! Comment donc voulez-vous qu’il réponde ? Un peu plus tôt, Eric Zemmour avait dit à l’avocat : « Vous ne connaissez rien au droit, vous ne connaissez rien à la littérature non plus. » C’est malheureusement trop vrai. Soudain, il m’apparaît comme une évidence que la méconnaissance de la littérature, de son histoire, de ses moyens, que l’inculture, donc, est cause de plus de malheur encore pour la famille de la victime. C’est uniquement par ignorance que la mère de la victime voit son malheur accru, car je ne puis croire qu’elle veuille poursuivre Zemmour par intérêt (publicité, argent, etc.).
21/01/08 - 18:56
de tt facons Zemmour est un con...
furyo