UN JARDIN D’ADONIS

(Hévrèse)

BLOGUE ET SPICILÈGE

Olivier Bruley

01/02/2008

01/02/08 - 20:39


            Mon ami don Esteban a écrit pour ce blogue un petit billet d’humeur inspiré du récent scandale de Jérôme Kerviel ou de la Société générale, on ne sait trop comment dire. Bonne lecture.



            Je n’ai plus beaucoup de relations avec le monde de la finance et je ne me tiens même plus informé de ce qui se passe dans le monde. Les rares aperçus de l’état de la planète que j’ai me parviennent au travers du journal télévisé diffusé sur RFO, que je regarde une ou deux fois par mois. Je n’ai pas réellement l’impression d’avoir changé d’époque. Toujours le Moyen-Orient, les cours du pétrole qui flambent accompagnés de la sempiternelle kyrielle de professions de foi : « Cette fois, il va falloir qu’on trouve des énergies alternatives, utilisons moins notre voiture, voyageons moins loin, consommons moins et mieux, les vilains Américains, les vilains Russes [on disait Soviétiques avant, mais dans le fond rien n’a changé], quand la Chine s’éveillera, la cigarette tue, nos enfants ne lisent plus, les prisons sont pleines, les caisses sont vides… » Je suis né en 1954 et n’ai pas vraiment changé d’époque ces cinquante dernières années. Tout de même, une chose, peut-être, a changé. Il ne me semble pas avoir entendu dire, jusqu’à une époque récente (la première fois, c’était à Singapour, je crois), qu’un petit crétin, jeune, bien sûr, pouvait, tout seul, en si peu de temps et avec si peu de moyens, perdre des sommes aussi colossales. Cinq milliard d’euros, c’est quoi ? Le PNB du Sénégal ou du Bhoutan ? Une vingtaine d’Airbus A380 ? Cinq Queen Elisabeth (le paquebot, pas la reine) ? Je n’en sais rien, en fait. Le nombre est absurde. Cette somme existe-t-elle vraiment ou ne s’agit-il que de monnaie électronique servant aux arbitrages de fin d’exercice ? Un fait est là : cette somme est partie en fumée. La bourse a accusé le coup, puisqu’il fallait un coupable. Je dis la bourse, mais ce sont toutes les bourses qui ont frémi. Peu de temps auparavant, les banques américaines n’avaient-elles pas reconnu avoir prêté des sommes considérables à des clients qu’on savait peu solvables, un peu comme si, submergées de liquidités, elles avaient essayé de s’en débarrasser le plus rapidement possible. Au-delà des sommes englouties dans ces naufrages financiers, ce qui retient mon attention, c’est la totale apathie du public. Autrefois, l’annonce d’une faillite bancaire, d’une crise financière, ne précipitait-elle pas les petits épargnants aux guichets des banques afin de sauver ce qui pouvait encore l’être de leurs maigres économies ? Les nouveaux pauvres ne se succédaient-ils pas sur les toits des gratte-ciel fraîchement inaugurés afin de se précipiter dans le vide ? Là, rien, ou si peu… Les employés de la banque victime de l’escroquerie ont manifesté en signe de solidarité… avec le patron, un peu comme s’ils préféraient voir un incompétent les diriger afin de pouvoir continuer à arracher, avec arrogance et désinvolture, leur épargne aux uns pour les confier à ces condottieres des temps nouveaux, les traders, qu’en d’autres époques on aurait vus fouettés nus en place de Grève avant que d’être marqués au fer rouge et jetés dans un cul de basse fosse.


            Ah ! si… Les chauffeurs de taxi sont descendus dans la rue, pour asphyxier un peu plus le pays déjà étouffé par ses corporatismes. N’importe qui devrait être capable de transporter qui bon lui semble où bon lui semble dans son véhicule, contre une juste rétribution. Il devrait être interdit d’interdire de travailler ! Mais revenons à nos cinq milliards. Ils ne semblent manquer à personne, un peu comme s’ils n’avaient appartenu à personne.


            Etrange système que celui qui permet à un capitaine de navire en perdition de quitter le premier son bord, à bord d’un Riva rutilant dans ses acajous vernis, à la sellerie luxueuse, au tableau de bord en ronce de noyer, laissant le reste de l’équipage livré aux intempéries. Contrairement à ce que pensent ceux qui pensent comme ils respirent, c’est-à-dire sans vraiment y penser, le capitalisme était un système régi par un ensemble de règles très strictes, l’une d’entre elles étant que le patron devait, jusqu’au bout, lutter avec ses employés dans la tourmente, y laisser, s’il le fallait, jusqu’à son caleçon en flanelle rugueuse, vendre propriétés, toiles de maîtres, écuries, pour réinvestir les sommes ainsi obtenues dans l’entreprise avant de se décider à jeter l’éponge en se tirant une balle dans la bouche ou dans la tempe, les deux options étant possibles. Je me rappelle l’époque où l’on définissait un groupe par le nombre de ses employés et non, comme aujourd’hui, par son chiffre d’affaire. L’humain avant le financier. Oui, vous avez bien entendu, monsieur le gauchiste, le capitalisme était humain. Paternaliste, certes, mais humain. Demandez aux ouvrières du textile ou de la chaussure, licenciées après vingt ou trente années de maison, si, à la place de ces faux nez, pour ne pas dire faux culs, formés dans je ne sais quelle high school, elles n’auraient pas préféré un patron à l’ancienne, à la main leste et au franc parler, qui se serait battu jusqu’au bout à leurs côtés pour sauver leur entreprise. Les patrons sont morts. Le capitalisme est mort. Qui possède réellement les sociétés du CAC40 ? Nul ne le sait. Le libéralisme tant décrié n’existe plus depuis longtemps. Essayez de monter une entreprise et vous verrez de quel libéralisme on parle. Hors le dollar et son avatar ridiculement laid et apatride, l’euro, il n’y a plus ni Dieu ni maître. Un système qui laisse une entreprise, fleuron de l’industrie européenne, aux carnets de commande remplis pour les dix prochaines années, licencier dix mille professionnels qualifiés pour confier leur travail à de petites mains moins coûteuses dans le but avoué de faire encore plus de profits destinés à engraisser un peu plus encore les financiers, un tel système ne mérite pas d’être sauvé. J’attends avec impatience la big one, la crise ultime qui fera imploser la bulle financière et précipitera l’agonie de ce système inique qui ne veut plus voir en nous que des consommateurs et non plus les producteurs que nous aspirons à être, quel que soit le type de notre production.


commentaires

01/02/08 - 21:03

Les crises financières existent depuis que le capitalisme existe. La première bulle spéculative n'est-elle pas celle des tulipes en 1600 et quelques, en Hollande?

Ce texte ne comprend pas que le libéralisme financier est l'aboutissement naturel du capitalisme généralisé. Certes, il y a eu et il y a encore des entrepreneurs réels qui veulent construire une entreprise, y compris avec ses employés; mais qu'ils soient dominés eux aussi par le monde de l'argent ne surprend que les faux innocents.

En gros, ce texte, c'est du marxisme qui ne veut pas en être.

01/02/08 - 23:36

Vous avez parfaitement compris le fond du problème: on ne comprend plus rien à rien. Il n'y a pas si longtemps encore, patrons et salariés, ne s'estimaient pas vraiment, s'aimaient encore moins, mais ils se comprenaient parce qu'ils parlaient la même langue, celle de la production. Aujourd'hui il n'y a plus de langage commun possible. Comment expliquer à un ouvrier métallurgiste quinquagénaire qu'il ne retrouvera plus jamais de travail et finira ses jours dans la misère parce que les eaux du Gange lavent plus blanc?
Que la finance ait mené le monde depuis que le premier homo sapiens a échangé une poignée de coquillage contre une cuisse de ptérodactyle,j'en conviens fort volontier. Mais cette poignée de coquillage, il l'avait ramassée quelque part, hein? Aujourd'hui, nul ne sait d'ou viennent ces sommes ridiculement élevées et bêtement perdues, que nul ne semble revendiquer. J'ai bien une idée, remarquez, mais je préfère la garder pour moi....
Que le marxisme ait sauvé le capitalisme, à la fin du dix-neuvième, d'une mort prématurée, me semble une evidence.
Mais là, franchement, Marx y perdrait son allemand!

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