Remarque sur l’antiracisme ‘‘larvé’’
Je n’ai pas la télévision chez moi, mais je peux la regarder chez ma mère, à qui je rends visite plusieurs fois par semaine. J’aime la télévision en cela qu’elle donne à voir le monde détestable qui s’annonce et dont, d’ailleurs, on ne verra peut-être jamais l’avènement. Qui peut dire, en effet, de quoi demain sera fait ? Souvent, on s’attend à quelque chose, et c’est tout autre chose qui se produit. On craint le pire et la montagne accouche d’une souris. Les émissions dans lesquelles on fait venir témoigner sur tous les sujets des gens ‘‘comme vous et moi’’ sont particulièrement instructives. (Enfin, ‘‘comme vous et moi’’… Comme vous, surtout, parce que moi, je ne me reconnais pas du tout dans ces gens d’un autre monde, qui n’est absolument pas le mien !) J’étais justement chez ma mère, cet après-midi, et j’ai donc pu regarder la fin d’une émission intitulée Toute une histoire, dans laquelle on se demandait comment des gens malintentionnés pouvaient en venir à violenter (car cela arrive) des personnes dites fragiles, c’est-à-dire des personnes âgées, des handicapés ou des enfants, si j’ai bien compris. Je dis « si j’ai bien compris », car je ne suis pas sûr de l’avoir tout à fait… Parmi les témoins convoqués se trouvaient en effet un homosexuel et un noir, qui avaient été victimes d’agressions respectivement homophobe et raciste. Fallait-il comprendre que l’homosexualité de l’un et la couleur de peau de l’autre constituaient une ‘‘fragilité’’, rendant les deux victimes aussi vulnérables qu’un handicapé ou qu’un vieillard, c’est-à-dire beaucoup plus qu’une personne dans la force de l’âge et en parfaite santé ? Bien sûr, il fut expliqué aux téléspectateurs que l’homosexuel et le noir avaient été agressés par un groupe de personnes (d’où leur plus grande faiblesse), par de jeunes ‘‘identitaires’’ dans le cas du noir et, dans le cas de l’homosexuel, par des ‘‘jeunes’’ tout court, sans qu’il fût permis d’en dire plus à leur sujet, j’y reviendrai. Mais l’impression générale était bien, l’animateur de l’émission y veillait, que le fait d’être homosexuel ou noir rendait un homme plus fragile. (Il y aurait d’ailleurs sans doute beaucoup à dire sur le racisme qu’implique une telle proposition. Mais ce n’est pas mon sujet. Je ne veux traiter que d’antiracisme !) Ainsi donc, par exemple, moi qui suis homosexuel (d’où ma présence sur ce site), je serais plus fragile qu’un hétérosexuel, je serais aussi vulnérable, disons, qu’un handicapé ! Et je croyais, naïf que je suis, que l’homosexualité n’était pas une maladie ! Voilà à quoi mène le ‘‘minoritarisme’’, s’il est permis de s’exprimer ainsi, car le communautarisme ne connaît que les minorités, c’est-à-dire des communautés passant pour plus fragiles, plus vulnérables, du fait de leur minorité. La communauté majoritaire ne compte pas : elle ne peut être l’objet du racisme, prétend-on, c’est pourquoi elle n’est jamais non plus l’objet de l’antiracisme (et c’est d’ailleurs ici précisément que réside la fragilité propre à la communauté majoritaire, dont on peut sans doute agresser des membres pour la seule raison qu’ils lui appartiennent dans l’indifférence générale (on parlera alors d’un crime crapuleux, voilà tout), par quoi ladite communauté majoritaire me semble être une minorité aussi vulnérable que les autres !) Le ‘‘minoritarisme’’ présupposant donc la fragilité des minorités (c’est le fondement du dogme), il va de soi que les membres d’une minorité ne peuvent être montrés que comme des victimes, jamais comme des agresseurs, car ce serait une hérésie. Cela était particulièrement perceptible dans l’émission de télévision que j’ai regardée cet après-midi. Un ancien agresseur, une femme, qui témoignait anonymement, prétendait être une skinhead repentie (on l’imaginait donc nécessairement blanche, appartenant à la communauté majoritaire en France). De même, les agresseurs du noir étaient de jeunes ‘‘identitaires’’, c’est-à-dire, là encore, des blancs, à l’évidence. Par contre, il n’a pas été possible à l’homosexuel de nommer ses agresseurs. Dès qu’il a parlé de « ces gens-là » (ce furent ces mots), l’animateur de l’émission s’est empressé de le rappeler à l’ordre, en lui disant quelque chose comme « attention hein ! », comme si le témoin avait oublié des consignes, qui lui auraient été données plus tôt, de ne pas faire allusion à la communauté d’origine desdits agresseurs. Pourtant, aux allusions que faisait malgré tout le témoin, le téléspectateur que je suis voyait bien ce qu’on voulait lui cacher. L’homosexuel insistait en effet sur le fait qu’il habitait dans une banlieue, c’est-à-dire une cité. Il expliquait que les brimades dont il était victime ne se produisaient que l’après-midi, parce que ses agresseurs ne se réveillaient jamais avant le milieu de la journée. Enfin, quand l’animateur lui a demandé s’il avait parfois un désir de vengeance ou s’il éprouvait de la haine, la victime a curieusement répondu qu’elle avait peur ou qu’elle ressentait de la haine (je ne sais plus exactement, je cite de mémoire) lorsqu’il lui arrivait de croiser dans la rue des personnes qui ressemblaient physiquement à ses agresseurs, agresseurs qui sont pourtant parfaitement identifiés par la victime : il n’y a pas d’incertitude sur leurs identités et il est important de préciser ici que la victime ne pourrait pas confondre avec ses agresseur des personnes qui auraient avec eux une simple ressemblance. Je suis presque sûr, mais je puis me tromper, que la ressemblance physique dont parlait l’homosexuel renvoyait à ce qu’il n’est plus vraiment permis d’appeler la race des voyous, qui étaient presque certainement de jeunes hommes noirs ou arabes. En somme, la victime avait peur lorsqu’elle croisait dans la rue certains membres de la même communauté que ses agresseurs (les plus fervents antiracistes diront sans doute qu’elle avait des réactions honteusement racistes !). Bien sûr, on pourrait m’objecter, à juste titre, d’ailleurs, qu’il y a également, parmi les fauteurs de troubles dans les banlieues, des jeunes blancs, ou Français de souche, ou Européens de souche (on ne sait plus trop comment dire, surtout qu’on pourrait encore m’objecter que les arabes sont des blancs eux aussi !). C’est parfaitement vrai. Mais certaines vérités sont purement statistiques. Or il se trouve que l’antiracisme larvé de la France interdit tout bonnement de faire certaines statistiques. Mais qui donc, des skinheads ou des jeunes des banlieues, comme on les appelle pudiquement (justement pour ne pas les nommer vraiment), qui donc commet le plus grand nombre d’incivilités, de délits et d’agressions ? Les skinheads, indubitablement !
12/03/08 - 00:53
Juste une petite remarque, serait-il possible de faire des paragraphe, déjà que le corps est petit, mais là…
calinocub