Le Petit Pédophile
Il me semble que c’est l’occasion de publier de nouveau sur ce site mon conte du Petit Pédophile, légèrement remanié depuis sa première parution, ici même, il y a quelques années. Contrairement à ce que peut laisser croire le titre, il n’est pas beaucoup question de pédophilie dans ce rapide petit conte. Lorsque je l’ai imaginé, je voulais seulement écrire une histoire d’amour rendue impossible par la bêtise humaine. Je voulais mettre en scène deux innocents foudroyés par elle. Ces histoires d’amour-là sont souvent les plus belles. Il y aura toujours, sous toutes les latitudes, des lois, ou, tout simplement, des hommes, pour contrarier certaines amours. Mais il y a du bon dans les lois. Et s’il existe de mauvaises lois, c’est le devoir de tout homme que de s’y soumettre tout en s’efforçant de les changer. C’est pourquoi, après avoir lu les arguments des uns et des autres, dans le débat passionné qui a cours en ce moment même sur ce site, je me range du côté des censeurs. Si le maître des lieux estime qu’il pourrait être ennuyé par la justice à cause d’une photo parue dans l’un des blogues publiés sur son site, il me semble que sa censure est légitime. Moi-même, j’ai souvent censuré, dans mon propre blogue, des commentateurs qui m’injuriaient ou me diffamaient. J’estime que c’était mon bon droit, comme c’est celui du webmestre de GA. Il n’en demeure pas moins que la légitime censure de ce dernier a servi de prétexte au déchaînement de la bêtise humaine, qui est partout, même chez les ‘‘pédés’’. Mais on n’ose plus trop les appeler des ‘‘pédés’’, puisque c’est précisément la pédérastie qui est considérée par eux, en ce moment sur GA, et plutôt d’un mauvais œil. D’un si mauvais œil, même, que beaucoup n’hésitent pas à l’assimiler à de la pédophilie ! Bien sûr, comme l’antiracisme, l’‘‘antipédophilisme’’ est parfaitement fondé. Mais il devient condamnable lorsqu’il se transforme en une espèce d’hystérie collective, laquelle, s’aveuglant, se met à voir la pédophilie où elle n’est pas, c’est-à-dire dans la pédérastie, ce vice de pauvres innocents, dont le crime est d’aimer, non pas des hommes, mais des garçons (je ne dis pas des petits garçons, bien sûr !). Quand même la pédérastie serait condamnable, ce que je ne crois pas, l’honnêteté intellectuelle voudrait qu’on ne la confonde pas avec la pédophilie, qui, elle, me paraît être en effet très condamnable. Mais l’hystérie collective ne connaît pas l’honnêteté intellectuelle, puisqu’elle n’est pas intelligente. C’est le même type de confusion qu’on a vu se faire depuis hier sur ce site, c’est la même sorte de bêtise, de malveillance, qui foudroient mes deux personnages. Quand tout le monde est devenu suspect et que l’hystérie collective ne trouve plus personne à incorporer à son délire, il reste à cette dernière de dévorer les victimes elles-mêmes et la boucle est bouclée, l’hystérie est totale. C’est ce qui se produit dans mon conte et qui, je crois, n’est pas encore arrivé dans la réalité. Mes deux personnages savent qu’il n’est permis de tenir qu’un certain discours au sujet de la pédophilie, mais ils ne comprennent pas ce discours ni ce qui le fonde. Leur ignorance les amène à se prendre eux-mêmes pour des pédophiles, parce qu’enfants, ils aiment d’autres enfants, et qu’ils ont entendu leurs parents condamner l’amour pour des enfants. Leur jeune esprit est obnubilé par l’interdiction faite sans cesse et partout : ils n’ont pas compris que cette interdiction n’était pas faite aux enfants eux-mêmes, qui ont le droit de s’aimer entre eux (c’est du moins ce que je veux croire…).
Il était une fois un petit garçon qui s’appelait Eugène. Eugène avait un terrible secret : il était pédophile. Chez lui, pendant le dîner, à l’heure du journal télévisé, ses parents parlaient souvent des pédophiles. « On devrait tout leur couper, à ces monstres », disait alors son père, entre deux gorgées de vin rouge. « Leur couper quoi ? », avait un jour demandé le petit garçon. « Leur couper le robinet, mon enfant, avait répondu sa mère. – Mais pourquoi donc ? Pourquoi le leur couper ? – Pour qu’ils ne puissent plus s’en servir. – Mais qu’ont-ils fait de mal, les pédophiles, pour mériter cela ? – De très vilaines choses. Les pédophiles font de très vilaines choses aux petits enfants comme toi. Ils mériteraient qu’on les tue tous. Mais ce serait un sort encore trop doux pour eux, comprends-tu ? – Oui, je comprends », avait répondu l’enfant sans comprendre.
Eugène avait pris conscience qu’il était un petit pédophile le jour de la rentrée scolaire. Il y avait en effet dans sa classe une nouvelle élève, une très jolie petite fille, plus belle que toutes les autres fillettes de l’école, avec laquelle, dès le premier jour, il avait eu envie de faire de très vilaines choses. Passer la main dans ses cheveux, regarder sous sa robe, se voir dans ses yeux, renifler son cou, l’embrasser. Mais comme la petite fille était une enfant, comme lui, et qu’il avait envie de faire avec elle des choses plus vilaines encore, se rappelant les paroles de sa mère, Eugène avait dû se rendre à l’évidence : il était pédophile.
Cette terrible découverte l’avait plongé dans le plus grand désespoir qui soit, le désespoir d’un tout petit enfant. C’était comme lorsqu’il commençait à se noyer dans le grand bassin de la piscine municipale : ses pieds ne pouvaient s’appuyer sur rien, tant l’eau était profonde, et le bord était beaucoup trop haut pour que ses mains l’atteignent. Eugène avait essayé de se sortir la petite fille de la tête, de l’oublier, mais en vain. Il était bien trop amoureux pour cela. Pas une minute ne se passait sans qu’il eût son beau petit visage à l’esprit. La crainte qu’on devinât la vérité empêchait Eugène de dormir. Il était le plus malheureux des petits garçons. S’il était découvert, songeait-il, son père couperait sûrement le robinet de la maison, l’y enfermerait et partirait vivre ailleurs avec sa mère, très loin de lui. Et il mourrait de soif, à petit feu, tout seul. Parce qu’une mort rapide, c’était encore trop doux pour les pédophiles, sa mère l’avait bien dit. Cette effrayante pensée lui donnait souvent de grandes envies de pleurer. Mais Eugène se retenait de verser la moindre larme, pour garder en lui le plus d’eau possible, au cas où, l’ayant découvert, son père déciderait de lui couper le robinet.
Plus le temps passait et plus le secret d’Eugène était lourd à porter. Un jour, ne pouvant plus le garder pour lui, il eut un irrépressible besoin de se confier. Mais à qui parler ? La personne qui, pensa-t-il, écouterait avec le plus de douceur son épouvantable confidence, c’était l’adorable petite fille dont il était amoureux, cause de son malheur. Eugène rassembla donc tout son courage et l’alla voir au milieu de la cour. « Louise, lui dit-il, Louise, il faut que je te dise un secret. Je suis pédophile. » Que n’avait-il dit qu’il était amoureux, amoureux d’elle ? Hélas, ce qu’Eugène avait à confier, c’était la honte qu’il ressentait à aimer, non la joie d’être épris. « Mais pourquoi dis-tu cela, lui avait demandé le petite fille ? – Parce que je voudrais faire des choses interdites avec toi, des choses très vilaines et très sales. »
Bien sûr, la petite fille avait entendu parler elle aussi des pédophiles à sa maison. Elle savait bien qu’il lui fallait s’en méfier comme du méchant loup de la forêt. Un jour, pour l’effrayer, son père lui avait même dit, rubicond, que les pédophiles étaient des gens plus dangereux encore que les gitans, réputés voleurs de poules et d’enfants dans le pays. « N’as-tu pas honte de me dire cela ? poursuivit la fillette. Sais-tu ce qu’on leur fait, aux pédophiles comme toi ? – Oui, répondit Eugène, on leur coupe l’eau et on les laisse mourir de soif. »
Louise ne s’était certes pas attendue à une telle réponse. Mais comme elle ne voulait pas paraître ignorante à un petit garçon qui en savait manifestement plus qu’elle, elle lui cria méchamment, en prenant un air entendu : « Parfaitement ! On ne leur laisse plus une seule goutte d’eau à boire, aux gens comme toi ! »
Rapidement, toute l’école sut qu’Eugène était pédophile. Et de la bouche de Louise, tout le monde apprit vite le châtiment réservé d’habitude à cette sale engeance. Eugène n’eut donc plus le droit de boire pendant les repas, à la cantine. S’il osait tendre la main vers le pichet d’eau de sa table, on lui jetait aussitôt à la figure des morceaux de pain et des pots de yaourt. S’il allait au petit coin, d’autres enfants l’accompagnaient, pour l’empêcher de boire aux robinets. Parfois, on lui crachait dessus en disant : « Tiens ! Bois ça ! », et tout le monde riait du rire les plus méchant qui soit : le rire des enfants qui se moquent.
Quand arrivèrent les vacances, Eugène fut à peine soulagé. Car si les mauvais traitements dont il était victime à l’école cessaient pour un temps, le risque d’être découvert par ses parents le terrifiait toujours autant. Son père l’envoya passer les vacances chez une tante, dans un village du pays. Eugène y fit la connaissance d’un petit garçon de son âge, qui vivait dans la ferme voisine. Par sa beauté, cet enfant ressemblait beaucoup à la petite Louise. Il avait les mêmes cheveux blonds, le même regard d’argent, les mêmes lèvres humides. Eugène reporta sur Louis l’amour qu’il avait eu jusqu’alors pour Louise, et s’en désespéra plus encore : il était toujours pédophile, constatait-il, et de la pire espèce, puisque après avoir été amoureux d’une petite fille, il s’éprenait à présent d’un petit garçon comme lui.
De son côté, Louis n’était pas insensible au charme tourmenté du petit vacancier. Si bien que lorsque Eugène voulut faire avec lui de vilaines choses, il le laissa faire. Les deux enfants s’isolèrent, se frôlèrent, s’embrassèrent et firent d’autres choses encore, trop vilaines et trop sales pour être dites.
Mais après avoir commis son forfait, Eugène fut pris d’un terrible remord. Une fois de plus, il éprouva le besoin de se confier. Mais à qui parler, sinon au petit Louis, sa victime ? « Louis, lui dit-il, Louis, il faut que je te dise mon secret. Je suis pédophile. Ce que je t’ai fait est très mal. C’est un très grand crime. Je viens de te violer. » Louis devint tout pâle. Ses yeux s’emplirent de terreur. « Mon Dieu ! Que m’est-il arrivé ? Je vais être un pédophile, moi aussi, comme toi, car je crois que j’ai aimé ce que tu m’as fait. Ma sœur m’avait bien dit que les pédophiles étaient ce qu’ils sont pour avoir été violés dans leur enfance ! » Et il éclata en sanglots. « Louis ! Ne verse surtout pas de larmes ! Ne sais-tu donc pas ce qu’on fait aux pédophiles, quand on les attrape ? – Mais non ! Que leur fait-on ? – On leur coupe le robinet, jusqu’à ce qu’ils meurent de soif. Economise tes larmes. C’est de l’eau. Tu pourrais en avoir besoin, si jamais tu étais découvert. »
Que le sort est mauvais farceur. C’est un cruel, qui s’amuse du malheur des petits enfants. La famille de Louis était pauvre et ne payait pas toujours les nombreuses factures. Le lendemain de ce funeste échange, un homme vint couper l’eau de la ferme. Le petit Louis en fut foudroyé. A cause de lui, crut-il, toute sa famille allait mourir de soif. Cette pensée lui fut intolérable. Le soir venu, il trouva la corde à sauter de sa sœur au pied d’un arbre, fit un nœud à son cou et se pendit à la plus haute branche.
Le lendemain matin, à l’annonce de cette mort, Eugène se crut perdu. Si Louis avait été découvert, il le serait aussi. Il décida de fuir. Où aller ? Dans la forêt toute proche. Eugène se cacha donc et attendit le soir. La nuit finit par tomber. C’était la pleine lune. Eugène sortit de sa cachette, passa devant la ferme de Louis, aperçut l’arbre et la corde qui pendait encore à la branche, puis entra dans la forêt pour s’y perdre. L’endroit était terrifiant, plein du bruit des chouettes, des sangliers affamés et des méchants loups. En marchant, Eugène pensait à Louis. Il se disait qu’il aurait eu sûrement un peu moins peur, si son ami, au lieu de se tuer, l’avait accompagné. Il avait une très grande envie de pleurer. Mais il se retenait, au cas où il serait pris et privé d’eau.
Soudain, il n’y eut plus d’arbres. Eugène se retrouva devant une immense étendue scintillante, dans laquelle se reflétait la lune. « Toute cette eau ! pensa-t-il. Tu ne serais jamais mort de soif, Louis, ni ta famille, si vous aviez trouvé ce réservoir. Il y en a autant que j’ai de larmes coincées dans ma gorge. Je peux pleurer maintenant. » Et il laissa ses sanglots s’ajouter à cette eau qui s’étendait devant lui. Quand il n’eut plus de larmes, Eugène ôta ses vêtements, les plia, puis entra dans la masse liquide. A peine eut-il fait deux pas qu’il avait déjà de l’eau jusqu’au cou. A quoi bon nager ? « Je vais boire maintenant, boire, se dit-il, boire… » Il fit encore un pas et disparut sous la surface.
20/05/08 - 02:21
comment dire...
jai envie de dire que c un conte magnifique et bien raconter avec plein d'innocence, mais en meme temps c'est assez horrible!
je crois que je vai juste te dire bravo!
et merci!
imjustgay